un minéral, des minéraux, la géologie
Les Actes : Premier débat


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 Premières Journées françaises des amateurs de géologie, de minéralogie et de paléontologie


Haut de page Résumé du premier débat (samedi 2 octobre 1999)
Animation : Jean Charles CAMPERGUE.
La collecte et la collection des roches, minéraux et fossiles en France
(état des lieux, vie et dynamique associative, état d'esprit, éthique,législation, pédagogie, sensibilisation du public)
Voir les pièces jointes au 1er débat


Éric BUFFETAUT paléontologue au CNRS, pense que tous les fossiles doivent être collectés, car la préservation sur le terrain ne peut qu'être exceptionnelle, de plus cela permet une plus grande facilité d'étude. Les fossiles laissés en place seront détruits soit par l'érosion naturelle, soit par les activités humaines. L'idée selon laquelle on peut conserver sur place un grand nombre de fossiles est absurde, elle est défendue par des gens qui méconnaissent la paléontologie, ses techniques et ses problèmes ! Cependant certains sites se prêtent à la conservation sur place, mais ils sont relativement exceptionnels. Ce point de vue semble difficile à faire comprendre en France, mais il est clair que la protection des fossiles, se réalise essentiellement, grâce aux prélèvements. Ils doivent être récoltés sur les sites fossilifères en danger permanent de destruction comme les carrières et les sites naturels en proie à une forte érosion. Sur ces sites, pour protéger, on a donc besoin de beaucoup de gens récoltant afin de préserver le plus grand nombre de fossiles, or il n'y a peu de paléontologues professionnels disposant de temps pour ramasser suffisamment d'échantillons à protéger.
À propos des sites non menacés, dont l'essentiel est le résultat de recherches et trouvailles faites par des amateurs, ils doivent être fouillés pour y trouver tous les fossiles nécessaires à l'étude. On a pu constater une certaine jalousie de la part des scientifiques qui souhaitent avoir la direction de tels sites mais heureusement, parfois, la collaboration existe et permet une exploitation correcte, pouvant déboucher sur des résultats scientifiques. Exemple de Cruzy , Hérault, site de dinosaures : fouille en association avec les clubs locaux et professionnels. La conservation est assurée dans le musée de l'association et non dans les collections personnelles.

Pierre-Christian GUIOLLARD, FFOR nous présente la collecte de minéraux alluvionnaires. Comment se fournir et utiliser le matériel, comment identifier les minéraux, la nécessité d'utiliser une bonne binoculaire. Depuis 1980 l'apparition d'une nouvelle passion : l'orpaillage. Dix associations régionales sont spécialisées en orpaillage et 26 % des clubs le pratique, d'où la création de la Fédération Française d'Orpaillage avec 282 adhérents à ce jour. Il existe des projets d'activité éducative (P.A.E.) avec des scolaires.
Tant que les chercheurs d'or étaient peu nombreux, il n'y a pas eu de problème, mais le succès de cette activité a aussi été son talon d'Achille, en effet il y a eu des dégradations suivies de restrictions d'accords et d'autorisations, avec parfois saisie de matériel. La Fédération essaie de responsabiliser ses adhérents.
La prospection à la batée relève du code minier : elle nécessite une autorisation du propriétaire privé ou domanial (demande à la Direction Départementale de l'Equipement). D'autre part la loi sur l'eau de janvier 92 (préservation des écosystèmes aquatiques, respect des frayères) doit être prise en compte. L'application de la réglementation est très variable selon les régions : sur 5 demandes d'autorisations envoyées à différentes préfectures, 3 n'ont pas répondu, une transmet à la DRIRE qui ne répond pas, seule l'Ariège a officialisé l'activité; depuis l'autorisation est accordée annuellement et exclue les secteurs protégés (biotopes). Seul l'usage d'instruments manuels (batée et pelle) est autorisé, l'emploi d'engins mécaniques et de produits chimiques étant interdits. Le durcissement de la réglementation risque de s'étendre au reste de la France.

Claude DECOUDU Président de la FFAMP, nous entretient du sujet des collections et de l'amateurisme : aucun doute que dans les carrières et sur les chantiers routiers le maximum doit être prélevé au plus vite, pour éviter le concassage. Les champs labourés révèlent par érosion différentielle des objets qui sont aussi à prélever pour être protégés. Sur un estran, les objets détachés de la falaise sont à protéger, donc à prélever, mais aucun prélèvement n'est à faire sur les falaises qui sont toutes protégées. Sur l'estran, il faut normalement l'autorisation des Affaires Maritimes, car en France, tout terrain a un propriétaire qui doit donner son accord. Sur le domaine public, les autorisations sont délivrées pour un an ou un mois, sauf cas particulier, comme au cap Blanc Nez où l'autorisation est ponctuelle.
À propos des collections, tout objet prélevé doit mentionner la date et le lieu de prélèvement. En affleurement, le ramassage doit être minime et en cas de découverte exceptionnelle, il faut prévenir les praticiens. Il y a trop de collections qui finissent à la poubelle, ou sont dispersées, notamment au décès du collectionneur. Il faut donc, de son vivant, penser à la façon de transmettre son patrimoine. L'amateur, celui qui aime, ne doit pas prélever le maximum, pour le vendre. La définition de l'Amateur est à contrario de cet " Amateur " qui a prélevé 3000 ammonites qu'il a revendus à un " boutiquier " à 1 F pièce. Cette attitude est à proscrire.

François ESCUILLIER de Rhinopolis (Gannat), dans le centre de la France, œuvre beaucoup pour la vulgarisation des sciences de la Terre. Grâce à quelques diapositives il montre la préparation nécessaire à la conservation, insiste sur le temps de travail plutôt long, évoque le sauvetage d'un plésiosaure par souscription nationale après intervention de scientifiques. En ce qui concerne l'extraction sur sites, il mentionne ce qui se fait à Buxières-les-Mines où des fossiles sont préparés pour des institutions et pour des musées. Il regrette les difficultés de négociation avec les carriers sans doute soucieux d'éviter les ennuis, pourtant des relations ont fini par s'établir avec certains (société Lafarge, les Houillères..). Depuis 5 ans, le directeur du site tient à disposition une maison pendant trois mois, permettant de faire venir des écoliers des environs. Il regrette les fermetures d'anciennes mines ordonnées par la DRIRE, empéchant toutes fouilles et études.
L'activité de société de service de préparation de fossiles pour musées est un aspect mercantile selon Claude DECOUDU , mais utile pour la science. L'Association Rhinopolis a des relations positives avec les 3 groupes miniers présents dans cette région. Il est donc possible d'associer les directions minières avec les fouilles. François ESCUILLIER cite les mines souterraines de bitume où il y a des fossiles d'oiseaux et des phénomènes géologiques ; le tout peut être protégé en activant les visites et donc en sensibilisant le public.


Arrive le moment des questions dans la salle :
Freddy LIBMAN du club de Grenoble, à propos de l'intervention de Claude DECOUDU, souhaite relativiser et lui demande si l'on peut refuser le statut d'amateur à celui qui vend sporadiquement quelques minéraux. Selon lui un collectionneur qui crapahute toute l'année, donne aux scolaires et qui vend une fois par an des minéraux récoltés par lui-même reste un amateur.
Claude DECOUDU répond que l'éthique de sa Fédération et de sa philosophie, oblige ses adhérents à ne pas vendre les objets de leurs récoltes. Freddy LIBMAN rétorque que la loi autorise, sans être commerçant, de vendre pour moins de 20 000 F par an et prétend que c'est un droit. Désaccord de Claude DECOUDU qui prétend qu'il faut un statut de commerçant, et que l'on échappe alors au statut d'amateur.
On demande à Eric BUFFETAUT son avis sur la question. Il y répond en mentionnant l'hypocrisie de certains praticiens qui crient contre le commerce mais sont bien contents d'acheter. Il faut faire un choix ou être amateur ou être commerçant. Quant au prétendu massacre de sites par des négociants, il faut se garder de diaboliser systématiquement les vendeurs de fossiles, car ils n'ont pas intérêt à massacrer les objets qu'ils vont essayer de vendre ensuite à un musée. Sur le site, le problème qui se pose, c'est celui de la récolte des informations fournies par l'environnement du fossile et on peut donc effectivement se poser la question sur l'exploitation des sites à des fins commerciales.
Georges BELLESERRE ancien président du Club dauphinois de minéralogie et de paléontologie, souhaite élargir le débat sur l'amateurisme. Il remarque que les amateurs ne représentent qu'une partie des collectionneurs (parlons de collectionneurs plutôt que d'amateurs) et parmi les professionnels il y a de grands collectionneurs. C'est le monde des collectionneurs qui a créé les musées actuels. Il faut apprendre à se respecter et à travailler ensemble. Il faut même sauvegarder la minéralogie et la paléontologie face aux sciences fondamentales, c'est important pour les futures générations.
Raymond CUSSEY Président de Club et Géologue à Pau, rappelle que les Directeurs de carrières sont responsables malgré les décharges signées. Il y a aussi des problèmes avec les scolaires, les mineurs et leur encadrement.

D'autres questions diverses venant de la salle :
  • malgré les assurances lors des sorties, personne n'est pas dégagé de ses responsabilités ;
  • comment couvrir les enfants qui nous accompagnent en sorties ?
  • en cas de découverte qui doit-on contacter ?
  • que peut-on faire sur les haldes minières (discuter avec les archéologues miniers) ;
  • il n'y a pas que l'érosion qui joue, il y a aussi l'altération ; et il ne faut pas dire qu'on n'a pas le droit de prélever à certains endroits ou l'échantillon est tout de même perdu.
  • quelqu'un rapporte le scandale de la collection et de la bibliothèque de l'ENSG jetée purement et simplement.
  • comment léguer une collection et à qui ?
Eric BUFFETAUT, paléontologue au CNRS répond : " D'abord les paléontologues académiques sont en voie de disparition ; ensuite, certains refusent les relations avec les amateurs. Il serait intéressant que les fédérations ou de grands clubs fassent établir la liste des paléontologues académiques qui acceptent les relations avec les amateurs. " Voir liste auprès de la S.G.F.
Claude DECOUDU annonce que sa Fédération a une convention avec la Société Géologique de France qui dispose d'une liste de paléontologues professionnels acceptant les relations avec les amateurs. Elle couvre pratiquement la France.
Un intervenant accuse Claude DECOUDU de ne pas représenter le monde des amateurs.
Celui-ci répond que parfois la Fédération est obligée de représenter tous les amateurs, elle est seule reconnue au niveau gouvernemental. Il précise que les collections privées ne servent à rien, car elles ne sont pas accessibles aux scientifiques. Mais il peut y avoir le legs à terme. Il y a tout de même accès sur demande : d'où l'importance du rôle de liaison des associations.
Une intervention de la SAGA s'en prend à la déclaration d' Eric BUFFETAUT à propos des prélèvements obligatoires dans certains sites et reproche que cela puisse entraîner la disparition de certains sites notamment les stratotypes ; la collectionnite aiguë est également mise en cause.
Eric BUFFETAUT admet que les collections ne font que rarement l'objet d'une exploitation scientifique et trouve navrant que certains fossiles soient dans des tiroirs mais on ne peut pas obliger un collectionneur à tirer un profit scientifique de sa collection.
Patrice CREVIN de l'AAMPEF, et du club de Nancy ALAST, rappelle qu'en 1997, il y a eu des journées avec plus de scientifiques et moins d'amateurs, et constate que l'on avait déjà présenté tout ce qui a été dit ce jour, donc il s'en dégage l'impression que rien n'a été fait depuis deux ans. Il se demande en quoi celui qui ramasse mille ammonites et les vend 1 F pièce est plus condamnable que celui qui en ramasse plusieurs dizaines ou centaines de cageots pour les échanger. Pourquoi l'un serait moral et l'autre pas ? Qui fait du pillage ? Même les scientifiques accumulent.
Myette GUIOMAR, de la Réserve de Haute-Provence est en charge des relations avec les amateurs collectionneurs et les scientifiques. Elle constate que les paléontologues disparaissent et ce sont les amateurs qui sont sur le terrain. Elle insiste sur le fait qu'il faut bien garder en mémoire le lieu de prélèvement ainsi que le niveau. Elle soutient l'action des amateurs lorsqu'ils collectionnent de façon raisonnable et non pour vendre. Il faut faire en sorte que les collectionneurs se fédèrent.
Elle rappelle que dans la Réserve Géologique des Alpes de Haute Provence, la collecte est autorisée pour les fossiles qui jonchent le sol, mais souhaite que tout ne soit pas ramassé pour préserver l'intérêt du site. Elle souhaite que l'on suive ce qui se passe dans les collections privées, car la somme des récoltes présente un intérêt supérieur pour le cas d'un squelette dispersé dans différentes collections, par le hasard des récoltes. L'information est alors nécessaire pour le faire apparaître.
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Dernière Mise à jour : 11 Mars 2001
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