la géologie, les fossiles et les minéraux
L'amétrine de Bolivie
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Pierres précieuses et Terres d'aventures
L'AMETRINE

Patrick VOILLOT



amétrineAu pays de la Tanzanite...
Photo : Patrick Voillot ©


1/ Légende

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2/ La symbolique (Histoire)

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Sur la piste des amétrine...Au pays de la Tanzanite...
Photo : Patrick Voillot ©


3/ Les lieux d'origine, les sites d'extraction

On ne trouve actuellement l'amétrine que dans un seul pays : la Bolivie. Et dans une seule mine : Anahi. C'est pourquoi les habitants appellent fièrement l'amétrine "la bolivianite". Comme toute princesse, Anahi se mérite. Située à 30 km du Brésil, dans la province de Santa Cruz, la mine se trouve dans une région inondée par la rivière Paraguay, véritable paradis pour les crocodiles et les piranas. La végétation tropicale luxuriante, les petites montagnes et les marécages en compliquent encore l'accès. Arrivée à Puerto Suarez, au coeur de l'Amazonie, l'expédition ne peut se poursuivre qu'en bateau. Une journée et une nuit de navigation avant de toucher au but : le lac Mandiore, accessible exclusivement à la saison des pluies. De là, une demie journée de piste dans la jungle est encore nécessaire pour atteindre la mine. Exploitée illégalement durant des années par l'armée et des aventuriers, l'amétrine est, depuis les années 90, extraite selon des règles bien précises. Elles sont fixées par un nouveau propriétaire. La mine est devenue une entreprise privée employant une centaine d'ouvriers. La recherche illicite de la précieuse gemme et le trafic de pierres dans les années 70 ont eu raison des couches de surfaces. Des puits et des tunnels ont donc été creusés dans la roche en suivant les filons. Les mineurs - ils sont une cinquantaine, payés au kilo d'amétrine ramassé et au mètre de galerie creusé - descendent plusieurs dizaines de mètres sous terre par des galeries étayées. Plus ils s'enfoncent, plus la température augmente - c'est le gradient géothermique - devenant difficilement supportable dans les endroits les plus profonds. "Heureusement", il y a la coca. Elle arrondit et gonfle les joues de la plupart des mineurs. Elle les stimule, leur ôte la faim. Le meilleur encouragement reste cependant le spectacle fascinant de parois, et parfois même de grotte naturelle découverte après perforation, tapissées de cristaux d'amétrine. Le plus souvent, ils sont enrobés par l'argile rouge provenant de la décomposition de la roche dans laquelle ils se sont formés. Les mineurs les arrachent à la Terre avec des barres à mine, les ramassent et les stockent dans des sacs d'environ 40 kg chacun. Sortis de la mine, les sacs sont chargés sur un véhicule et transportés sous bonne garde vers une zone protégée, entourée de fils barbelés. Les précieux sacs y sont pesés et marqués par le responsable des lieux puis stockés et surveillés nuit et jour par des vigiles. Quant au minerai stérile - dépourvu de pierre - il va grossir les déblais. J'ai rencontré ces pauvres bougres, uniquement des hommes, au fond de leur trou mais aussi dans le campement qu'ils occupent, à proximité de la mine. En autarcie, coupés du monde, séparés de leurs familles ils travaillent, sans interruption durant 35 jours ; une période de dur labeur suivie de 15 jours de repos où ils peuvent rentrer chez eux. La journée terminée, les dortoirs se transforment en salle de jeu : cartes, dames, dés. Le tout sur quelques notes de guitare accompagnant un petit refrain, fredonné dans un coin. Les conditions de vie sont pénibles mais la mine produit beaucoup, environ 10 tonnes d'amétrine de bonne qualité par mois ; le salaire leur convient donc.

A la recherches des gisements d'amétrine couché de soleil...
Photo : Patrick Voillot ©
A la recherches des gisements d'amétrine, le voyage voyage dans les terres en bateau, à la poursuite des amétrines
Coll. Eric Asselborn
Photo : Patrick Voillot ©


4/ Commerce et taille

Depuis un accident d'avion, il y a dix ans, le propriétaire ne se rend que très rarement à Anahi. Il reste à Santa Cruz, deuxième ville de Bolivie avec son million d'habitants et centre économique le plus important du pays. Là, il a construit son usine de traitement où, deux fois par mois, arrivent les fameux sacs après un long voyage par la lagune de Mandiore puis jusqu'à Puerto Suarez et enfin Santa Cruz. Ils sont stockés sous la surveillance de vigiles formés spécialement. Les ouvriers "de surface" commencent alors le travail sur l'amétrine elle-même. Engoncés dans des bottes en caoutchouc, juchés sur des sortes de tamis et munis de jets d'eau chaude à haute pression, ils débarrassent les gemmes de leur gangue d'argile. Nettoyées, les pierres sont replacées dans des sacs en contenant chacun 35 kg. Le cliquetis des petits marteaux, activés par des mains gantées pour éviter des coupures des arêtes très aiguisées de l'amétrine, résonne alors. Il s'agit pour les ouvriers, protégés par de grosses lunettes en plastique et un masque, de casser les cristaux - qui ressemblent alors à de simples améthystes - jusqu'à leur coeur pour obtenir la matière la plus pure et la plus belle couleur. Progressivement, la technique de sciage des pierres, qui permet des pertes moindres, remplace l'agitation des marteaux. Cette méthode évite surtout les fractures dues aux chocs qui rendent la gemme en partie inutilisable pour la taille. A ce stade, un premier tri est effectué en fonction des qualités de chaque morceau. La partie pure et bicolore est prétaillée avec une scie à diamant. En effet, l'amétrine a une dureté de 7, inférieure à celle du diamant, 10. Régulièrement aspergés d'eau - les parties sciées devenant opaques en séchant, ce qui gène l'appréciation des différentes teintes - les meilleurs morceaux sont alors triés par taille et par couleur et regroupés par lots. Interviennent alors les lapidaires. Au moyen d'une meule, ils créent et polissent des faces sur la gemme qui permettront à la lumière de pénétrer dans la pierre et de s'y refléter comme dans un miroir. Cet embellissement a un coût : l'amaigrissement de la pierre initiale. Comme l'explique un responsable : une amétrine qui pèse 37,5 kg au sortir de la mine, produira 1763 carats de pierre facettée, soit 352,6 g ; un peu moins de 1% de matière ! Dans son usine , quelques créateurs boliviens réfléchissent à de nouveaux concepts pour mettre en valeur les deux couleurs de l'amétrine. Ces créations sont destinée au marché local - les joailliers boliviens vendent de l'amétrine depuis un peu plus de vingt ans - et elle sera façonné pour certains dans les ateliers de l'usine, comme des colliers ou bracelets en formes de masques ou autres motifs typiquement précolombiens, d'autres joailliers boliviens créés leurs propres modèles. Même si la population locale aime beaucoup l'amétrine, la Bolivie ne représente pas un marché suffisamment important pour absorber la production. Les véritables débouchés sont donc les marchés internationaux. A Tucson en Arizona - théâtre durant trois semaines du plus grand marché mondial de pierres précieuses - où il rencontre des intermédiaires qui se chargeront de la diffusion de l'amétrine dans de nombreux pays. Aujourd'hui, face à l'intérêt croissant suscité par cette pierre bicolore, le propriétaire ne peut s'empêcher de repenser au premier voyage qu'il effectua sur ces mêmes lieux en 1990 : "J'ai apporté des échantillons d'amétrine, me confie-t-il, en espérant être accueilli à bras ouverts puisque je présentais une pierre nouvelle que personne ne connaissait. C'est exactement le contraire qui s'est produit. Ils ont considéré que nous avions fabriqué synthétiquement cette pierre en Bolivie ou ailleurs et que nous tentions de la faire passer pour une pierre naturelle. On a dû faire venir cinq géologues de très haut niveau pour prouver que nous disions vrai. Tous les cinq ont publié des articles dans la presse américaine. Dès lors, l'existence de l'amétrine a été connue et le marché a commencé à s'ouvrir devant nous".

grossiste de pierres précieuses en Bolivie atelier de grossiste en pierres précieuses en Bolivie
Photo : Patrick Voillot ©


5/ Les plus connues d'entre elles

L'amétrine étant une pierre nouvelle, il n'y en pas pas jusqu'alors de très connues. En fait, on la connaissait depuis très longtemps sans savoir la définir. Désormais, cette pierre, mélange de citrine (jaune) et d'améthyste (lilas), a acquis ses lettres de noblesse. On remarque cependant les "blocs de collection" : imposants par leur taille, ils ont les arêtes très bien préservées ainsi que la pointe. De même, le rapport entre la longueur et le diamètre doit être bon. Ils sont destinés à l'industrie qui les transformera en animaux, statuettes. Ces pièces, d'une très grande valeur, sont conservées avec soin. L'amétrine étant une pierre rare et recherchée, elle a déjà fait l'objet de tentatives de fabrication artificielle. En vain. Le procédé utilisé est celui employé au Brésil pour transformer l'améthyste mauve, assez répandue, en citrine jaune moins courante, les deux composants de l'amétrine : on chauffe l'améthyste à 420°C dans un four durant 15 heures. Le résultat est saisissant : le mauve devient jaune. Comme il est impossible de ne chauffer qu'une partie de l'améthyste, il est également inutile de vouloir élaborer une amétrine. Seule la nature sait le faire...


gisement d'amétrinegisement d'amétrine
Photo : Patrick Voillot ©



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Dernière Mise à jour : 12 octobre 2004
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