la géologie, les minéraux et les fossiles
Article sur l'Oisans, sur la "mine" de la Gardette célébre pour ses minéraux
tel que le quartz et l'or, près de Bourg d'Oisans.
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La Gardette en Oisans

Par Frédéric Delporte


Delporte.frederic@wanadoo.fr
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L'Histoire de la mine de la Gardette




La "mine" dite de la Gardette se situe sur la commune de Villard Notre Dame, à 5 km de Bourg d'Oisans, l'entrée des galeries principales se trouve vers 1.290 mètres d'altitude. Nous mettons le terme mine entre guillemet, l'histoire du site expliquera cette usage. L'histoire du site restera ici assez synthétique, abandonnant les détails à une publication ultérieure.


OR NATIF
2.8 x 1.9 cm
Mine de La Gardette, Le Bourg-d'Oisans, Isère
Coll. P.Guiguet-Bologne
Photo : Louis-Dominique Bayle ©



La plus ancienne activité connue à la Gardette date de 1717, des cristalliers cherchant des cristaux de quartz pour les porter aux tailleries du Genevois découvrent avec le quartz des "pierres jaunes". Des échantillons sont amenés à Grenoble, et, après essai de fonte, l'or est signalé pour la première fois. Des fouilles officielles suite à cette découverte sont effectuées vers 1729/33. Celles-ci étant peu fructueuses resteront sans suite. Les cristalliers continuent à exploiter le gisement pour les cristaux de quartz et ainsi alimenter le commerce de cette matière première pour les tailleries.

Vers le milieu de ce XVIIIème siècle, un conflit oppose les pouvoirs publics et les habitants de l'Oisans. Les premiers veulent supprimer le droit ancestral des seconds de prospecter les montagnes et d'en tirer à leur guise des cristaux, droit pourtant confirmé formellement au XVIème siècle. Après quelques années de tensions, ce droit est maintenu et de nouveau confirmé.

Vers 1770, des échantillons de la Gardette portant or sont présentés à M. Binelli, directeur de la mine des Challanches, découverte en 1767, et de la fonderie d'Allemont. Binelli après études des échantillons et du site de la Gardette ne donne pas suite.

La collection de spécimens minéralogiques apparaît en cette deuxième partie du XVIIIème siècle. Elle est issue du développement des collections d'Histoire Naturelle, elles même issues des cabinets de curiosités, chambres des merveilles ou au Trésor des XVIème et XVIIème siècle. La collection d'objets minéralogiques est en ces temps avant tout une affaire de collectionneurs privés, et ceux-ci dès les premiers temps sont prêts à débourser des sommes importantes pour s'approvisionner, créant une forte demande. En Oisans, c'est le double phénomène d'exploitations et de recherches minières d'une part et l'incroyable engouement pour la collection des spécimens minéralogiques d'autre part qui va générer le developpement des prospections minéralogiques de ce dernier quart du XVIIIème siècle.

Les prospecteurs poursuivent bien sûr leurs recherches pour les cristaux de quartz destinés aux tailleries, mais ils sont maintenant également motivés par la possibilité de découvertes de riches gîtes métallifères (comme aux Challanches), et surtout par la possibilité de trouver des spécimens minéralogiques, qui se vendent à l'époque très facilement pour des sommes extrêmement importantes. Ce dernier travail est alors bien plus rémunérateur et moins pénible que l'exploitation des cristaux pour les tailleries, nécessitant des volumes important de cristaux limpides. Un important commerce se crée à partir de l'Oisans pour approvisionner toute l'Europe, jusqu'à la Russie, et même le nouveau monde…


QUARTZ
12 x 7.5 cm
Mine de la Gardette,Le Bourg d'Oisans, Isère
Coll. J.Duarte
Photo : Louis-Dominique Bayle ©
QUARTZ A AME
5 cm
Vallon de Fournel/ Le Freney d'Oisans, Isère
Coll. Y.Masson
Photo : Jeff Scovil ©



En 1776, la mine des Challanches et toutes celles de l'Oisans sont concédées à Monsieur, frère du Roi et comte de Provence, futur Louis XVIII. La direction de l'exploitation des Challanches et autres sites, de la fonderie d'Allemont, est confiée à M.Schreiber en 1777. Il explore rapidement tous les gîtes connus ou récemment découverts de l'Oisans, notamment afin de trouver des gisements exploitables de galène, car celle-ci est nécessaire à la fonte des minerais d'argent des Challanches.

Schreiber a vent des recherches à la Gardette, et s'informe. Il parvient à acheter en 1778 le ou les échantillons montrés à Binelli. Avec ces échantillons portant or, il se rend sur le site, fait faire quelques fouilles pour rafraîchir les travaux des cristalliers. Il constate l'analogie entre la gangue de ses spécimens et celui des filons mis à jour aux affleurements. En excellent ingénieur des mines qu'il est, des recherches de plus grande ampleur sont programmée à la Gardette. Elles démarrent en 1781, avec 12 mineurs et un maître-mineur, mais Schreiber s'aperçoit rapidement du peu de potentiel du gîte. L'exploration du site est intermittente, il semble que Schreiber ait envisagé un arrêt des recherches dès 1784, mais il semble toujours que son commanditaire ait dû demander une poursuite de celles-ci.

Seule la découverte régulière de beaux spécimens pour les collections est à noter, aussi bien en quartz qu'en or natif, chalcopyrite, galène, et autres. Le célèbre Dolomieu cite Ducros, bibliothécaire et responsable de la collection d'Histoire Naturelle de la ville de Grenoble, proche de Schreiber, " jusqu'à présent, le filon n'a donné que quelques morceaux dont les plus riches ont été cédés aux amateurs ; le reste, de peu de valeur, a été traité par le mercure pour en extraire l'or : le lingot a été envoyé à Monsieur. " Ce lingot, fondu en 1784, eut le poids assez ridicule de plus ou moins 600g ! Lucide, Schreiber arrête finalement les recherches en 1788, avec maintenant la bénédiction de son commanditaire, Monsieur, frère du Roi et comte de Provence.

Un fait assez exceptionnel est à noter, Schreiber pendant toute la durée des recherches à la Gardette, de même qu'aux Challanches, organise la vente de spécimens minéralogiques pour les collections, comme il est d'usage dans son pays d'origine, la Saxe. Le produit de ces ventes est intégré tout à fait normalement aux résultats de l'exploitation. D'ailleurs, en examinant ceux-ci, on s'aperçoit que l'exploration du site entraîne un important déficit, et que le peu de recette vient de la vente de cristaux, de spécimens d'or, et autres.


Ferro-Axinite, le rocher d'Armentier, Oisans, IsèreFerro-axinite
5.8cm
Le rocher d'Armentier, Oisans, Isère
Coll. Eric Asselborn
Photo : Jeffrey Scovil ©



Après l'abandon des travaux et du site par le concessionnaire, les cristalliers réinvestissent les lieux. Héricart de Thury, ingénieur des mines, signale en 1803 que certains locaux furent " excité " par ces fouilles, qu'ils reprirent. Selon lui, les médiocres résultats de leurs fouilles " les dégoûtèrent promptement de leur entreprise dont ils ne recueillirent que quelques médiocres échantillons de peu de valeur, mais qu'ils trouvèrent cependant à vendre avantageusement aux amateurs ". Il note aussi en 1805 que " les habitants du hameau de la Gardette, profitant de l'abandon des travaux […] entreprennent pendant la morte saison des recherches à leurs frais, et souvent, ils obtiennent quelques succès […]. Le succès des recherches des montagnards prouve qu'on peut y entreprendre des travaux avec avantage ". En 1812, Schreiber, maintenant directeur général des mines, toujours au service de l'état comme Héricart de Thury, fut sollicité pour un nouveau rapport sur le potentiel du gîte, à la demande gouvernement. Il écrivit au ministre de l'intérieur le 8 septembre 1812 " […] si le gouvernement se bornait à vouloir ne retirer de l'exploitation des mines de la Gardette que des échantillons précieux pour un cabinet de minéralogie, on pourrait faire quelques sacrifices en ce sens ". La conclusion de Schreiber est donc bien simple, aucune perspective en terme d'exploitation minière, mais un potentiel certain pour alimenter les musées minéralogiques.


PREHNITE
7 x 4.6 cm
Combe de la Selle,Saint-Christophe en Oisans, Isère
Coll. P.Guiguet-Bologne
Photo : Louis-Dominique Bayle ©



Plus tard, en 1829, lors d'une demande d'octroi de concession du site, Emile Gueymard, ingénieur des mines au service de l'Etat, affirme que "depuis 1788 jusqu'à ce jour, il n'y a eu que quelques fouilles insignifiantes, continuées par des mineurs qui vendent des minéraux au Bourg d'Oisans. L'appât de la découverte d'un filon riche les a conduits quelquefois à faire des trous de mine, mais presque sans aucun succès. Ils ont plus trouvé d'échantillons dans les débris de l'ancienne exploitation que dans les puits ou les galeries". Les cristalliers investissent donc toujours régulièrement la Gardette, suivant en cela maintenant une longue tradition montagnarde. L'oisans reste un pays pauvre, les recettes issuent de cette activité sont plus que bienvenues pour les populations.

Lors d'une reprise des recherches de 1838 à 1840 par une compagnie gérée par M.May, des minéraux sont de nouveau vendus par l'exploitant aux négociants de spécimens minéralogiques ou directement aux collectionneurs, privées ou publics. Ces recettes sont incorporées aux comptes de la société. Bordeaux, ingénieur des mines, qui sera un des responsables de l'exploitation du site vers 1900, écrivit que lors des recherches dirigées par M.May, " le principal revenu fut la vente des échantillons d'or libre et de quartz hyalin, pour les collectionneurs et les musées". Les recherches " May " se termineront par un nouvel échec.

La Gardette est de nouveau laissée aux cristalliers, qui approvisionnent toujours collectionneurs, commerçants, musées… On peut tout particulièrement noter comme acheteur Alfred Lacroix, professeur de minéralogie au Museum de Paris et responsable des collections, client du cristallier Albertazzo, et de quelques autres, de même que le minéralogiste Allemand Groth. Ou encore comme collectionneur, le tout jeune Vésigné, à qui les parents achètent vers 1870/80 ses premiers " cailloux " (à Albertazzo, à plusieurs cristalliers, à des hôteliers de l'Oisans, etc). Vésigné deviendra un des plus importants collectionneurs du XXème siècle, avec plus de 40.000 spécimens rassemblés, dont beaucoup des Alpes. Cette importante collection est maintenant partagée entre les trois grandes structures nationales installées à Paris qui en firent l'acquisition, le Museum, la collection de l'Université de Paris V-Jussieu et l'Ecole Nationale des Mines.

Les quelques reprises des recherches par plusieurs compagnies autour de 1900 se suivent, avec l'insuccès comme constante. Elles amèneront également la commercialisation de spécimens, notamment auprès de négociants, devenus alors nombreux en France. Ces comptoirs d'Histoire Naturelle fournissent tout le système éducatif en échantillons, des écoles primaires aux écoles d'ingénieurs ou facultés, outre les musées et les collectionneurs.

A cette date, la production totale d'or depuis la découverte du site, ne représente que quelques kilogrammes ; on pourrait avancer le chiffre de plus ou moins 3kg… Cette production ne représente absolument rien, malgré plus de 150 ans de recherche.


FERRO-AXINITE
10 x 6.6 cm
La Balme d'Auris, Auris en Oisans, Isère
Coll. D.Boël
Photo : Louis-Dominique Bayle ©



Après 1900, des collectionneurs se rendent sur le site afin de tenter de prélever des échantillons et d'enrichir ainsi leur collection. Le site est bien sûr toujours fouillé plus ou moins régulièrement par les cristalliers, mais non plus seulement pour les collectionneurs, mais aussi pour les touristes, nouveaux venus dans les Alpes, affectionnant les souvenirs typiques de leurs lieux de villégiature. L'oisans continue à vivre de la minéralogie, hôtelliers, boutiques de souvenirs, guides, paysans vendent des cristaux.

Dès l'après seconde guerre mondiale, si la tradition semble avoir faibli auprès des locaux, la réputation du site fait venir des prospecteurs de plus loin, tel le guide et cristallier Roger Fournier de Chamonix. Il entreprit d'importants travaux à la Gardette, dès les années 60, ce qui permis à un de ses clients et amis, Bernard Poty, d'écrire sa remarquable thèse, " La croissance des cristaux de quartz dans les filons sur l'exemple du filon de La Gardette (Bourg d'Oisans) et des filons du massif du Mont-Blanc ". Soutenue en 1967, elle reste un des rares travaux scientifiques sur le site. Les succès de ces cristalliers encouragent de nouvelles personnes autochtones à se lancer dans la recherche des cristaux.

Des lors, la collection des spécimens minéralogiques se développe fortement en France et dans le monde, et devient particulièrement importante au début des années 1980. Cet engouement motive de nombreux travaux importants de cristalliers. Grâce aux goûts " modernes " des collectionneurs de minéraux, importés des standards américains des années 1960/70, les cristalliers s'efforcent de n'extraire que des spécimens les plus parfais possibles. Les pièces portant des coups, des cristaux cassés ou même juste ébréchés sont dédaignés par les collectionneurs. Par cette modification de la demande, des spécimens bien plus beaux et bien plus parfais sont extraits, reléguant la plupart des " anciens " spécimens au rang de reliques… Les pièces achetées aux cristalliers par le musée de Bourg d'Oisans, par le musée de Grenoble, certaines acquisitions des trois grands musées de minéralogie parisiens nous montrent combien la qualité de ces découvertes modernes est impressionnante, par rapport aux " vieux " spécimens du XVIII ou XIXème siècle gardés dans ces même musées.

Les découvertes modernes permettent la mise en place de nombreuses expositions et la présentation au grand public des merveilles minéralogiques de l'Oisans. Des présentation sont montées dans tout l'Oisans, notamment à la bourse aux minéraux de Bourg d'Oisans, ou en 1998 lors de l'exposition " Les minéraux de France " au Museum à Paris, pour laquelle de nombreux collecteurs et collectionneurs de minéraux avaient prêté leurs plus belles ou plus rares pièces. Ces découvertes permettent également la réalisation de multiples publications scientifiques et de vulgarisations dans divers livres ou revues.

La tradition de collecte à la Gardette par les cristalliers s'est maintenue tant bien que mal jusqu'à ces dernières années, mais dans une moindre mesure que pour des sites d'interêt minéralogique similaire en Suisse ou Autriche par exemple. Dans ces pays, les cristalliers sont considérées comme du " patrimoine vivant ", gardien d'une longue tradition montagnarde, et sont accompagnés par les pouvoirs publics dans leurs activités. Rappelons que de par la spécificité du site, celui-ci n'a jamais été très fréquenté par les " amateurs " de minéralogie, seuls quelques cristalliers expérimentés ont pu avoir une activité de collecte sporadique.


On peut conclure en résumant l'histoire du site de la Gardette en quelques mots. La Gardette est un site découvert par des cristalliers au tout début XVIIIème siècle, exploité pour le commerce des cristaux puis des spécimens de collection dès l'origine. Divers travaux de recherche assez limités ont été réalisé pour l'or, toujours avec un rapide insuccès. L'activité de cristallier est une tradition pluriséculaire dans les Alpes, une des rares activités typiques des populations, une des dernières à subsister aussi. Cette activité a pu permettre la préservation d'un important patrimoine minéralogique pour le plus grand bien de la collectivité. Puisse cette culture montagnarde qui est à l'origine de tant de sites célèbres se perpétuer… Car que sont ces sites remarquables sans ceux qui en ont fait l'Histoire ?



Quartz, Le Bourg d'Oisans, Isère Quartz
6.8cm de hauteur
Le Bourg d'Oisans, Isère
Coll. Pascal Bologne
Photo : Jeffrey Scovil ©
Anatase, Le plan du Lac, Saint-Christophe en Oisans, Isère Anatase
cristaux de 1.2 cm
Le plan du Lac, Saint-Christophe en Oisans, Isère
Coll. Pascal Bologne
Photo : Jeffrey Scovil ©

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Dernière mise à jour : 22 octobre 2005
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