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 Les volcans et la volcanologie par J.M Bardintzeff Les dossiers de Géopolis (1-2-3-4-5-6-7-8-9-10-11-12-13-14-15-16-17-18-19-20-21-22-23-24-25-26-27-28-29-30-31-32-33-34-35-36-37-38-39) |
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Liste des sujets abordés dans cette rubrique
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| Vocation volcanologue - Les études, le terrain, la recherche... |
par Jacques-Marie Bardintzeff |
Suite de la première partie, extrait du chapitre 2...
Chapitre 2. Les années lycée
"Where there is a will there is a way" ("Avec la volonté on arrive à tout").
En septembre 1964, j'entrais au Lycée Emmanuel Mounier, du nom du philosophe grenoblois.
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 | Jacques-Marie Bardinzeff au volcan Etna (Italie) Photographie © J-M Bardintzeff |
Mes idoles de jeunesse étaient Jacques Anquetil et Youri Gagarine. Je m'étais intéressé tout de suite à la conquête de l'espace, avec Gagarine, le premier cosmonaute, avait effectué en 1961 une révolution dans les deux sens du terme : autour de la Terre et dans l'avancée de l'exploration scientifique humaine. En 100 minutes il avait fait basculer le destin de l'humanité. Son vol spatial à la fois court et lumineux, d'une seule orbite terrestre, n'a d'ailleurs jamais été réédité depuis. Son avion s'est écrasé lors d'un vol d'entraînement en 1968 alors qu'il n'était âgé que de 34 ans...
La Une du Dauphiné Libéré du 12 août 1962 restera à tout jamais gravée dans ma mémoire. On y voyait le cosmonaute soviétique Adrian Nikolaiev, qui avait décollé la veille à bord de son vaisseau spatial Vostok 3. Dans son scaphandre, bardé d'instruments, il nous... souriait ! J'étais admiratif devant le courage de cet homme effectuant une mission aussi dangereuse. Il faut préciser que ceci se passait un peu plus d'un an après le vol de Gagarine, au tout début de la conquête spatiale. Le lendemain une nouvelle " bombe " éclata. Papy tout excité brandissait la nouvelle édition du journal. Un deuxième cosmonaute, Pavel Popovitch, avait décollé à son tour à bord de Vostok 4, pour tenter de se rapprocher de Nikolaiev. Plus fantastique encore, les deux héros devaient en début de soirée traverser le ciel français et dauphinois. Au cours du repas du soir, chacun donnait son avis : tout y est passé, la conquête de la Lune, le futur débarquement sur la planète Mars, les extraterrestres... Avec une bonne demi-heure d'avance, nous étions rassemblés sur la terrasse devant la maison familiale. Puis deux petites étoiles jumelles et fugitives traversèrent la voûte céleste. Longtemps nous sommes restés silencieux, médusés. Bouleversé, je gardais les yeux fixés sur le ciel, pensant à ces deux hommes qui poursuivaient leur route, filant à 28 000 kilomètres à l'heure.
Ce jour-là, je pris conscience de deux dimensions fondamentales en géologie : l'espace et le temps, grandeurs toutes relatives selon les références prises. La Terre, qui me semblait immense à visiter, m'apparaissait aussi bien petite puisqu'un homme en faisait le tour 17 fois par jour ! D'autres planètes - certaines volcaniques - seraient bientôt visitées. J'avais un peu le vertige en pensant à l'opposition entre la lenteur de l'évolution (150 millions d'années sépare un dinosaure d'un éléphant) et la formidable accélération de l'histoire (15 000 ans entre un peintre d'une fresque à Lascaux et un cosmonaute).
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 | Explosion du geyser Strokkur - Islande Photographie © J-M Bardintzeff |
Incontestablement, au lycée comme dans mes passions, j'étais nettement plus scientifique que littéraire. Ma matière préférée était bien évidemment les Sciences-Naturelles. Le responsable du laboratoire en était Henri Vaissière, toujours en blouse blanche. C'était mon maître à penser. Je l'admirais pour ses connaissances mais aussi pour son humour et son coté " pince-sans-rire ". Plus tard, enseignant à mon tour, j'ai toujours essayé d'allier les deux aspects : la science ne doit surtout pas être triste... Mais le programme de la classe de 4e, consacré à la géologie, m'a encore plus enthousiasmé. Dès l'introduction du cours, M. Vaissière nous brossa un panorama complet, de l'intérêt de la géologie : connaissance scientifique de l'histoire de la Terre bien sûr, mais aussi toutes les applications dans la vie quotidienne (matières premières minérales et énergétiques, travaux publics, risques naturels...). Pour résumer " connaître le passé, construire le présent, prévoir le futur ". Ceci se passait avant les chocs pétroliers et je me rends compte aujourd'hui du caractère visionnaire de ces propos. Finalement, chacun de nous est régulièrement confronté, sans le savoir forcément, à la géologie : quand on met de l'essence dans sa voiture, puis quand on emprunte une route ou un pont... Toute le géologie régionale a ensuite été traitée, du calcaire urgonien du Vercors aux sables d'Eybens, en passant par l'anthracite de La Mure et le pli-faille de Sassenage bien visible dans la cluse de l'Isère et le volcanisme éteint des Coirons près de la vallée du Rhône. Il faut dire que notre région, très variée, s'y prêtait particulièrement bien.
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 | Volcan Etna (Italie) : Etna, 2 novembre 2002 : Panache de cendres de plusieurs centaines de mètres de haut, libéré par une nouvelle fissure située à 2750 m d'altitude sur le flanc sud. Un petit cône, haut de 50 m, s'est édifié Photographie © J-M Bardintzeff |
Un jour, M. Vaissière proposa de créer au sein de notre lycée, un club de géologie, qu'il se proposais d'encadrer ! Aussitôt un petit groupe fut enthousiasmé et le club vit bientôt le jour. Je fus élu secrétaire général du club et le restai, jusqu'en classe de terminale. Les activités prirent alors une autre dimension. L'hiver, nous visitions des musées, des laboratoires de recherche. Des ingénieurs et chercheurs nous y recevaient avec gentillesse et nous faisaient profiter de leurs connaissances et expériences, sans compter leur temps pour tout nous expliquer. Ces hommes me fascinaient. J'avais tellement envie de leur ressembler plus tard...
A la Sogreah (Société grenobloise d'études et d'applications hydrauliques), nous avons découvert comment étaient modélisés les futurs chantiers : barrage sur le fleuve Orange en Afrique du Sud, aménagement du port du Havre dans l'estuaire de la Seine pour l'accès des super-pétroliers, maquette au 1/30e d'une digue au port d'Eze-sur-Mer dans les Alpes maritimes...
Près de Voreppe, nous avons visité une briqueterie. A partir d'argiles, extraites de plusieurs carrières de la région, séchées puis chauffées pendant dix heures à 1 300 °C dans un four de 94 mètres de long, 30 000 briques étaient produites par jour. Je comprenais de mieux en mieux les applications et les implications majeures de la géologie.
Dès le printemps, nous programmions des sorties sur le terrain : le grotte préhistorique de Fontaber, creusée par les glaciers, l'ancienne mine de fer d'Allevard. La découverte de fossiles de fougères et de prêles géantes dans les terrains carbonifères du bassin houiller de La Mure reste un très grand moment. J'apprenais qu'un volcan existait à Champs-sur-Drac, tout près de Grenoble... il y a environ 200 millions d'années, entre Trias et Lias, comme en témoignaient d'anciennes laves altérées, appelées " spilites ".
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 | Volcanologie aux îles Kerguelens Manchots royaux devant le Mont Ross enneigé, point culminant de l'archipel Kerguelen (1850 m) Photographie © J-M Bardintzeff |
Je visitais aussi avec mes parents, grands-parents ou des oncles et tantes les grottes de la région : Favot où avaient été retrouvés des ossements et des dents d'ours des cavernes, Vallier ancien abris préhistorique, Choranche avec ses longues stalactites si fines, qui se reflètent dans le miroir d'un lac souterrain, la Draye blanche. En descendant de la dent de Crolles, nous nous sommes aventuré quelques dizaines de mètres dans l'ouverture glaciale du Trou du Glas, qui a détenu un temps le record mondial de profondeur.
Parallèlement je grimpais, parfois en skis de randonnée, sur les principaux sommets des trois massifs séparés par le " Y ", formé par la vallée de l'Isère et par celle de son affluent le Drac : Chamechaude et Pinéa en Chartreuse, Pic Saint-Michel dans le Vercors, Croix de Belledonne et Grande Lance de Domène dans le massif de Belledonne. Plus au sud, nous gravissions, le Taillefer et l'Obiou dans le Dévoluy. Au col du Goléon, j'atteignais à ski mon premier 3 000.
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 | Volcanologie en Bulgarie Le canyon de la rivière Arda, creusé dans d'anciennes laves prismées (latites), au lieu dit ''Cheitan Kuppu'' (la Porte du diable) Photographie © J-M Bardintzeff |
Je m'intéressais à la géologie mais aussi à la préhistoire et l'archéologie (avec un faible pour la Mésopotamie), à l'astronomie (mon parrain m'avait construit une lunette astronomique pour observer les cratères de la Lune, qui n'ont rien de volcaniques car résultant d'autant d'impacts de météorites). Je constituais de véritables dossiers scientifiques. Je collectionnais minéraux, roches, fossiles et aussi les coquillages. Les cartes géologiques à l'échelle 1/50 000e de la région grenobloise tapissaient un mur de ma chambre. Je connaissais parfaitement les corniches tithonique et urgonienne, l'anticlinal de l'Ecoutoux et le synclinal perché du Néron. La " Géologie dauphinoise " de Maurice Gignoux et Léon Moret était devenue ma bible. Régulièrement encore je rends visite, au sommet du téléphérique de la Bastille, au monument dédié aux géologues des Alpes françaises : Wilfrid Kilian, Charles Lory et Pierre Termier, mes glorieux prédécesseurs. Dolomieu, minéralogiste dauphinois, qui, a donné son nom au minéral dolomite (carbonate double de calcium et de magnésium), à la roche dolomie et au massif italien des Dolomites, reste toujours pour moi une référence. D'ailleurs à Grenoble, la rue qui conduit au muséum porte son nom.
Un jour mon père m'emmena voir au cinéma le film d'Haroun Tazieff, Les Rendez-vous du diable, qui m'impressionna fort. Certaines séquences encore plus que les autres : le ballet incessant mais vain des bulldozers essayant de stopper l'avancée inexorable des coulées de lave au Kilauea à Hawaii, le lac d'acide vert jade du Kawah Idjen à Java en Indonésie dans lequel un bloc de calcaire disparaît en bouillonnant. De plus, le volcan Taal aux Philippines s'était brusquement réveillé en septembre 1965. J'apprenais ainsi mes premiers noms de volcans. J'ignorais alors que plus tard j'irais les visiter. Un jour, Tazieff vint à la librairie Arthaud pour présenter son dernier livre, L'Etna et les volcanologues, et pour la première fois je rencontrais ce grand homme... le temps d'un autographe.
Quand un sujet de rédaction " Quel métier envisagez vous plus tard et pourquoi ? " nous fut donné au lycée, sans hésitation je traitais de la volcanologie. J'argumentais mon devoir sur la prévision des risques afin de sauver les populations menacées, sur le volcan utile et la géothermie, autant de thèmes que j'aurais l'occasion de développer plus tard au cours de mes recherches. Alors que la géologie peut sembler, dans l'esprit du public, une science figée, la volcanologie lui donne un caractère vivant incontestable. Mon projet professionnel était devenu très clair ; il ne me restait qu'à m'en donner les moyens.
La suite dans l'excellent ouvrage de Delachaux et Niestlé (208 pages, 2000)
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 | Volcanologie en Bulgarie ''Les pattes du diplodocus'' à Dajdovnitza, scultées par l'érosion dans des dépôts volcaniqueset volcano-sédimentaires Photographie © J-M Bardintzeff |
Bibliographie récente de l'auteur :
- "Volcanologie", Masson, 1991, 2ème édition, Dunod, 1998
- "L'Homme et.. les volcans", Le Léopard d'Or, Muséum de Lyon, Arppam, 1991
- "Volcans", Armand Colin, 1993
- "Volcans et séismes", coll. "En savoir plus", Hachette, 1995
- "Connaître et découvrir les volcans", Liber-Minerva, 1997 et 2ème edition Minerva, 2004
- "Vocation volcanologue", Delachaux et Niestlé, 2000
- "l'ABCdaire des Volcans", Flammarion, 2001
Présentation de l'auteur :
Né le 30 décembre 1953
Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud (1973-1977), Professeur agrégé (1977), Docteur d'état en volcanologie (1985), Membre du jury de l'Agrégation (1989-1996) et du Capes (depuis 2002) des
Sciences de la vie et de la Terre, Vice-Président de la Société Géologique de France (1989), Lauréat du prix Furon (1992), de l'Académie Bulgare des Sciences (2000).
Auteur ou co-auteur de plus de 260 publications et communications scientifiques.
Domaine de compétence :
Volcanologue. Spécialiste des volcans actifs et des dynamismes éruptifs (Antilles, Amérique Centrale, Indonésie, Grèce, Cameroun), des îles volcaniques (Kerguelen, Polynésie), du volcanisme ancien (Bulgarie, Madagascar) et des risques naturels.
Présence dans les médias :
Conseiller scientifique de l'Encyclopédie Axis Hachette (1989-1992), de la revue Eurêka (1995-2001), du Petit Larousse (depuis 2003), Rédacteur-en-chef puis Directeur de la publication de la revue "Géochronique" (depuis 1988)
Participation à des émissions :
*radiophoniques (France Inter, France Info, RTL, Europe 1, RFI, radios libres)
*télévisées (Journal TF1, Ushuaia, France 3, La Cinq, M6, LCI, RFO, Canal J, TV satellites, Télévisions scolaires, spots publicitaires Volvic)
Page perso de J.M Bardintzeff
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