Représentant la Société Mines d'Or de Salsigne
Les industries extractives, mines et carrières, ont toujours été des éléments indispensables au fonctionnement de l'économie et de l'industrie (que les détracteurs de cette activité se rassurent, c'est en train de changer ...). L'exploitation industrielle des ressources naturelles non renouvelables conduit progressivement à l'épuisement et à la disparition de certaines richesses minérales, c'est une réalité incontournable.
Les exploitants n'en sont pas pour autant les ennemis jurés de la minéralogie ni même des amateurs de minéraux ou de fossiles. Quel serait notre niveau de connaissance en minéralogie si l'industrie minière n'existait pas? il serait intéressant de connaître le nombre d'espèces minérales découvertes au cours de travaux miniers, il est certainement considérable.
Il existe forcément un terrain d'entente pour les industriels et les minéralogistes dès lors que ceux-ci se parlent et se comprennent.
Le but de cette communication et de donner un petit aperçu des contraintes auxquels sont soumis les industriels, plus particulièrement les exploitants miniers, contraintes qui sont parfois des obstacles à l'activité des minéralogistes amateurs.
Cas d'une mine en activité
Une mine ou une carrière sont avant tout des lieux industriels à risques, ce ne sont pas des lieux ordinaires pour promenade familiale du dimanche, ce ne sont pas des sites touristiques ou sportifs. Le maître mot qui régit la présence humaine sur une mine est SECURITE, il existe des règles, elles sont incontournables et doivent être respectées par les employés de l'entreprise comme par les autres personnes.
Le directeur du site est tenu de veiller au respect de ces règles, il sera tenu responsable pour tout accident pouvant survenir, quelles que soient les circonstances et l'identité de la victime, que cette dernière soit dans l'exercice de sa profession, rentrée par effraction ou simple amateur ayant signé une soi-disant décharge de responsabilité qui n'aura aucune valeur en cas d'accident.
L'industriel est lui-même soumis à l'autorité de l'administration représentée par les Ingénieurs des Mines de la DRIRE (Direction Régionale de l'Industrie et de la Recherche) qui se chargent de vérifier et éventuellement de faire appliquer les règles du code minier qui régit entre autres choses, la sécurité des personnes sur le site.
Le minéralogiste amateur doit bien prendre conscience de cette charge qui repose sur les épaules du responsable, il devra savoir accepter les refus ou les restrictions sur les zones autorisées souvent dictées par ces impératifs de sécurité.
Ceci dit toute personnes désireuse de ramasser des échantillons sur un site minier peu toujours en faire la demande, pourquoi partir du principe que cette demande sera refusée et prendre le risque de passer outre en rentrant par effraction? Beaucoup seraient surpris de voir que les autorisations sont très souvent accordées en fonction des disponibilités en temps du personnel pouvant accompagner les visiteurs, ceux-ci ne peuvent être laissés seuls dans des exploitations souterraines ou même dans les vastes exploitations à ciel ouvert, toujours pour raisons de sécurité.
Il est également difficile pour l'exploitant d'assurer la visite de groupes excédant 3 ou 4 personnes, toujours pour des raisons de sécurité, de surveillance des personnes et de matériel nécessaire à leur équipement ou à leur transport sur le site.
A ces raisons de sécurité très strictes, qui conditionnent l'accord ou le refus d'accès aux chantiers il faut ajouter des facteurs "humains", liés à des conditions particulières : l'industrie minière française est en crise et le directeur doit gérer cette crise avec tous les aspects éprouvants que représentent les plans sociaux de licenciement, les grèves, la pression de la direction générale, des autorités politiques, de la DRIRE sans parler des attaques en règle d'une presse parfois mal informée.
Il faut donc savoir choisir son moment pour effectuer sa demande et rester souple sur les dates et les horaires, c'est le visiteur qui doit s'adapter à l'industriel et non l'inverse.
Un autre argument qui pèsera sur la décision d'accorder ou non l'autorisation de prélever des échantillons sera le motif : scientifique, pédagogique, commercial, ... il sera donc bon de s'expliquer clairement sur ses intentions.
Certaines exploitations ont été victimes de vols ou de préjudices importants de la part d'amateurs indélicats, la réaction de la direction est parfois "épidermique" aboutissant à des refus systématiques de prélèvement d'échantillons. A qui la faute ?
De toute façon on ne prend aucun risque à formuler une demande, passer outre ou ignorer le refus c'est s'exposer en toute connaissance à des problèmes qui peuvent aller jusqu'aux poursuites judiciaires pour violation de propriété privée, mise en danger de la vie d'autrui, vol de matériaux, recel ... les exemples existent.
Les exemples de collaborations fructueuses entre exploitants de sites miniers et minéralogistes existent aussi, on peut en citer deux mais il y en a d'autres :
- Mine d'or de Salsigne (Aude) : étude minéralogique remarquable effectuée par Hervé FORNER, géologue de la mine mais aussi collectionneur minéralogiste, en collaboration avec d'autres minéralogistes amateurs (G. FAVREAU, N. MESSIER et D. DESCOUENS). Ce travail réalisé en accord avec la direction de la mine a fait l'objet d'une publication (Règne Minéral hors série 1997).
- Mine de Lodève (Hérault) : Les minéralisations de la mine d'uranium de Lodève exploitée par COGEMA ont été étudiées pendant plus de 10 ans par des amateurs de minéralogie, notamment A. CAUBEL, et G. FAVREAU en collaboration avec les géologues de la mine (O. HENRIOT en particulier) et les scientifiques (Professeur DELIENS). Cette étude à permis la découverte de 4 espèces minérales nouvelles et l'inventaire de plus de 50 espèces de minéraux uranifères sur le même gisement. Là encore les résultats de ces études ont été publiés dans les revues spécialisées.
Mine fermée en cours de réaménagement
La remise en état des sites, comblement des fosses, étalement et révégétalisation des haldes, fermeture ou comblement des ouvrages souterrains sont souvent reprochés aux exploitants miniers par les minéralogistes.
Il faut bien comprendre que ce n'est pas pour empêcher la collecte des minéraux mais simplement pour se conformer à la législation en vigueur qui oblige l'exploitant à mettre en sécurité les anciens travaux et remettre en état le site vis à vis de l'environnement. Pour la majorité des citoyens, une carrière, un établissement industriel abandonné est une verrue sur le paysage qui doit disparaître au plus vite, il existe des réglementations et le mineur est contraint de s'y plier au risque de se voir infliger des sanctions financières et pénales sans parler des responsabilités vis à vis de la sécurité.
Si des minéralogistes sont assez structurés (organisation privée, associative, communale, chambre de commerce, ou autre) pour prendre en main la gestion d'un ancien site minier, la chose est légalement possible à condition de donner la preuve de ses compétences en matière de conservation et de gestion du site et d'en assurer bien entendu la sécurité.
On peut citer en exemple, dans le cadre des mines fermées en cours de réaménagement, le cas du terril de la mine de Chessy (Rhône) qui fut racheté par le club minéralogique de L'Arbresle à des fins minéralogiques. Des exemples existent aussi dans le domaine de la conservation du patrimoine industriel (nombreux musées de la mine).
En aucun cas la conservation d'un site ne peut être mise à la charge de l'exploitant, il peut toutefois être partie prenante, s'il le désire, dans les éventuelles structures administratives et techniques qui peuvent être chargées de la préservation du site (voir les exemples des houillères impliquées dans les musées de la mine du Nord ou de Lorraine).
Conclusion
L'entente entre minéralogistes amateurs ou scientifiques et exploitants de mines, ou de carrières, est possible, c'est une affaire de communication, d'ouverture d'esprit, de tolérance et d'honnêteté. La volonté des dirigeants de la Société des mines d'or de Salsigne d'être présent à ces journées en est la preuve.
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