Maître de Conférences du MNHN, Laboratoire de Minéralogie, 61 rue Buffon, 75005 PARIS
Pour établir de solides relations de collaboration entre les Musées et les Associations de collectionneurs et passionnés de la minéralogie, il est d'abord nécessaire de repérer quels sont les intérêts communs des deux parties, et leurs exigences réciproques. Celles-ci peuvent être multiples.
Les activités d'un Musée se répartissent en Recherche, Enseignement, Diffusion des Connaissances, Accroissement et Conservation des collections. Toutefois, même si elles permettent un suivi d'activité et la réalisation de projets importants, les ressources financières et humaines des Musées sont limitées, au point de ne pas pouvoir assurer complètement certaines tâche de base.
Prenons l'exemple du catalogage, activité typique de la conservation d'une collection importante. Aujourd'hui, le catalogage des collections passe par l'informatisation, mais pour les grandes collections, cela signifie des milliers d'heures pour saisir les informations sur le nouveau support. Dans le cas du MNHN, riche de centaines de milliers d'échantillons géologiques, la simple tâche de catalogage informatique (et de la réidentification éventuelle des échantillons) devrait occuper la totalité du personnel. De plus, le catalogage est aussi l'occasion de reconditionner les échantillons. Cette manutention de routine des échantillons, qui est à la base de la conservation, représente un volume horaire important. Quid alors des autres missions? L'accroissement des collections se fait pratiquement uniquement par le biais des échanges et des achats, ces derniers souvent grâce à l'aide financière de mécènes. Les campagnes de recherche sur le terrain, pourtant pratiquées autrefois, sont aujourd'hui difficiles à organiser en raison des problèmes de temps et d'argent, car leur réalisation amènerait fatalement à négliger les autres activités. La " main d'oeuvre minéralophile " manque donc cruellement aux musées.
Du côté des Associations et des collectionneurs, les besoins sont différents. Citons parmi les principaux:
- l'accès aux sources bibliographiques, aux échantillons anciens de localités maintenant disparues ou simplement oubliées, (avec le secret espoir de pouvoir encore y découvrir des exemplaires de meilleure qualité ou jamais trouvés auparavant).
- la classification d'une partie du matériel trouvé (et donc la maîtrise parfaite des règles de nomenclature de l'IMA).
- l'accès à une instrumentation scientifique dont le coût est normalement élevé (microsonde, MEB, diffractomètres, spectromètres) pour pouvoir déterminer les échantillons les plus difficiles (avec le secret espoir de trouver une nouveauté minéralogique) et amener leur contribution " d'amateurs " à la discipline qui les passionne.
Les associations manquent donc d'une structure organisée leur permettant d'exprimer pleinement leur passion.
Il existe des zones d'intérêts communs qui peuvent motiver une collaboration entre Associations et Institutions. Les associations peuvent apporter une " force de travail " considérable, compétente et passionnée, qui peut participer aux missions des musées sans pour autant exiger de dépenses importantes. Cette aide en personnel est fonction du savoir faire de chacun, et peut s'exprimer dans la récolte sur le terrain ou dans les domaines de la saisie informatique, de la photographie, de la pédagogie ou de la muséographie.
En contrepartie, le personnel des associations accède alors à l'instrumentation scientifique, normalement réservée aux chercheurs. L'établissement de programmes de recherche est indispensable, mais les études peuvent concerner les activités propres à l'association, et non uniquement les projets des musées. Pour un amateur, le contact avec les minéralogistes, géologues professionnels et muséographes est également très formateur.
Cette collaboration engendrerait une amélioration des techniques de travail, une meilleure connaissance des ressources du sous-sol, donc une sensibilisation au patrimoine national... on peut imaginer en conséquence des publications sur les richesses minérales, des guides régionaux...
Dans le domaine de la recherche, l'intérêt est indubitable: Il est connu par exemple que la découverte de nouvelles espèces minérales est initiée pratiquement exclusivement par les membres des Associations d'"Amateurs "; mais dans les tiroirs des Musées et des collections privées, combien d'échantillons dorment encore sans détermination exacte ou même sans nom? Dans ce sens un rapport officialisé avec un véritable programme de recherche sur telle ou telle localité, telle " jungle " minéralogique, ne peut qu'amener des résultats intéressants pour la communauté scientifique et donner aux " amateurs " la place qu'ils méritent au sein de la discipline.
Pour l'aspect éducation, l'objectif est commun: les Associations ont besoin de " rajeunir leurs troupes " et les Institutions de trouver de nouvelles " vocations ". Une activité éducative commune pourra non seulement faire découvrir notre discipline aux jeunes passionnés mais aussi apporter quelques nouvelles recrues à la minéralogie professionnelle.
En conclusion le contexte actuel est très favorable à l'instauration d'une collaboration entre Associations et Institutions. Elle est tributaire d'un travail de recensement des " forces vives " dont disposent les associations, de façon à pouvoir mettre en pratique ces projets dignes d'intérêt.
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