Les Actes : Pièces jointes au 5ème débat (1-2-3)


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Inventaires minéralogiques et inventaires par Pierre FLUCK
Fédération Patrimoine Minier

Haut de page  Nous voulons dire par ce titre qu'il y a différentes catégories d'inventaires.
Qu'est-ce qu'un inventaire ? L'inventaire est en fait très proche du catalogue. C'est une énumération d'objets qui constituent le réel, et auxquels on accorde un certain intérêt. Le catalogue est volontiers un produit d'édition (exemple : le catalogue d'une exposition), l'inventaire restant souvent à l'état de fichier ou de prototype. Sans aucunement prétendre être complet, nous analyserons trois cas de figures dans le domaine des sciences géologiques.

Haut de page 1. L'inventaire géologique.
Qu'est-ce qui, en géologie, peut être intéressant à inventorier ?
Des roches, peut-être? On peut faire en effet un inventaire des différentes catégories de roches de l'arrondissement de Lure, ou de la collection pétrographique de M. Lidenbrock, ou de la Slovaquie orientale, ou bien de la planète Terre... On l'appellera plus volontiers liste, ou catalogue.

Car un inventaire. s'impose plutôt lorsqu'il y a quelque chose qui sort de l'ordinaire. Par exemple, on va établir le catalogue de la flore du Pays Basque, mais on en fera l'inventaire des arbres remarquables. La Sous direction de l'Inventaire au sein de la Direction du Patrimoine ne s'intéresse qu'aux monuments intéressants.

Voyons donc, ce qui en géologie va nous permettre de transcender la simple curiosité pétrographique. Ce sont ce qu'on pourrait appeler les sites remarquables, c'est-à-dire des affleurements, des ensembles d'affleurements, ou tout simplement un paysage, qui nous apportent quelque chose
  • sur le plan de l'esthétique (le beau dans la roche, dans l'affleurement, la carrière, le paysage ... ); certains sites sont considérés depuis toujours comme des monuments naturels (les orgues volcaniques ... );
  • sur le plan de la connaissance de l'histoire de la planète (connaissance géologique, géomorphologique, voire archéologique pour les industries extractives).
Pour mieux définir de tels endroits, les allemands ont développé le concept de géotopes. Le terme est de Haase, 1980, mais la définition a été revue en 1996 par le Bundesarnt für Naturschutz. Ce n'est que par après que les géologues français ont à leur tour adopté ce concept. "tope" désigne un endroit, donc de la géosphère. Au sujet des géotopes, un inventaire se justifie pleinement
  • pour les faire remarquer (prise de conscience de leur existence, sensibilisation du public et des décideurs)
  • pour en relever les enseignements, car ils nous transmettent un message sur le plan de la connaissance... qui en retour éveillera l'intérêt pédagogique de tels sites
  • pour les protéger s'il y a lieu, car beaucoup nécessitent des soins
  • pour les valoriser s'il y a lieu
Un exemple, la Fédération Patrimoine Minier a produit en 1991 à la demande de la DRAE Alsace l'inventaire de 30 sites géologiques remarquables ou menacés des Vosges alsaciennes. Noter qu'un filon argentifère, dans une galerie de mine, ou un "mille-feuilles" de couches à sylvinite, dans un front de taille, ou une population de néoformations, à l'affleurement d'un filon d'arsenic, sont aussi des géotopes.

L'inventaire est donc en premier lieu un outil de sensibilisation. Les géotopes entrent de fait, par là même, dans ~e domaine du patrimoine (qu'on précisera plus loin, au § 3). L'inventaire géologique le plus pertinent sera donc un inventaire de géotopes.

Haut de page 2. L'inventaire (ou catalogue) minéralogique ou paléontologique, ou inventaire scientifique.
On trouve déjà de tels catalogues au XVIlle siècle. Le plus célèbre pour les minéraux est sans doute celui de LACROIX. Citons aussi pour l'Alsace le WEIL et JAROVOY 1950. Ou plus récemment les inventaires départementaux du BRGM.

On y trouve indiquées dans un ordre alphabétique ou chimique lesespèces, leur fréquence (ou à l'inverse leur rareté) et la taille que peuvent atteindre les cristaux. De telles données offrent une vision assez juste d'un site minéralogique, et constituent bien souvent le point de départ des recherches des collectionneurs. Un tel catalogue autorise le rêve, il fait fantasmer (il faut être collectionneur pour le comprendre ). Mais ce n'est pas sans raison qu'on intitule volontiers "catalogues" de telles listes. Et c'est peut-être là que nous allons saisir dans toute sa dimension cette nuance entre le catalogue et l'inventaire. Le catalogue englobe tout, l'inventaire s'attache plutôt aux choses un peu remarquables.

Haut de page  3. L'inventaire patrimonial des minéraux (ou des fossiles).
Là intervient à nouveau la notion de patrimoine. Par définition, c'est ce que nous ont légué nos prédécesseurs (exemple le patrimoine industriel ou héritage industriel).

Mais le concept de patrimoine a été bien élargi notamment dans la dynamique impulsée par l"'année du patrimoine", et mérite sans doute ce développement un peu long.
Le patrimoine, - c'est quelque chose qui était là avant nous (pas forcément fabriqué par l'Homme, ce qui aura quelque importance plus loin) - c'est une chose à laquelle on tient, et que l'on peut aimer.
Les Journées du Patrimoine en sont une bonne illustration. On va visiter le château d'un particulier. C'est une propriété privée, pourtant suffisamment remarquable pour que cet objet revête une valeur dans nos esprits, pour qu'on le perçoive comme un bien collectif, par une sorte d'appropriation mentale, et par voie de conséquence, qu'on s'en considère un peu comme les garants.
Cela s'exprime par exemple dans les classements au titre des monuments historiques pas forcément avec l'accord du propriétaire ! De même une toile de Corot dans la collection particulière d un américain fait partie du patrimoine de l'humanité.

Il y a bien sûr une hiérarchie dans le patrimoine, qui peut être local, régional, national ou mondial (par exemple les hauts-fourneaux de la Völklinger Hütte, en Sarre, classés patrimoine culturel mondial de l'UNESCO...
A quels types d'objets s'adresse donc le concept de patrimoine :
  • les objets matériels: monuments, sites archéologiques avérés, mines, oeuvres d'art dans un musée et - on le verra - objets naturels
    • l'écrit... est aussi à présent considéré comme patrimoine
    • tout comme l'est la mémoire... car elle peut consigner une aventure qui est arrivée à l'humanité, et dont on aura à cœur de perpétuer le souvenir (exemple.- la mémoire ouvrière, dans le cadre du patrimoine industriel)
Abordons à présent le cas du patrimoine naturel. Quelques exemples.
  • un rhinocéros du Muséum naturalisé au XIXe siècle sera un objet naturel à valeur patrimoniale
  • il en est de même pour un affleurement géologique remarquable, ou géotope (exemples- un filon en place dans une mine, ou le site presque id archéologique" de Campagne-sur-Aude ... )
  • il en est de même pour un arbre vénérable. Le concept est peut-être d'usage moins courant pour les animaux ou la flore, car la référence au passé est moins prégnante, sauf dans le cas d'écosystèmes endémiques...
  • (cas proche du rhinocéros) un minéral (ou un fossile: Ampelosaurus atacis) remarquable au Muséum, ou dans un musée de province, ou dans la collection de M. Lidenbrock.
Nous voulons montrer tout l'intérêt qui s'attache à un inventaire des pièces remarquables contenues dans les collections publiques ou privées, sans distinction. Par exemple sous forme de fiches, avec descriptif de l'échantillon, indication du poids, photo (c'est-à-dire une sorte de carte d'identité). Le résultat est, pour un gisement donné, une "photographie" véritable du patrimoine naturel qu'il a livré. Une telle "photographie", la société n'est-elle pas en droit de se l'approprier, virtuellement ? De tels inventaires existent de fait déjà dans les catalogues des grandes ventes du XVIlle siècle !
Soyons conscients que nous rejoignons par là le catalogue de la collection de M. Lidenbrock. Mais là où l'inventaire s'en distingue, c'est
  • qu'il y a une limite à l'intérêt patrimonial des pièces (il ne concernera peut--être qu'une petite partie de la collection Lidenbrock)
  • que son champ est transversal, ou même "universel", et se joue des limites matérielles des collections.
Bien évidemment selon les sensibilités de chacun, on peut garder à cet inventaire, dans sa version diffusée, un "cache" fermé sur certaines informations que les intéressés pourraient juger confidentielles (identification du propriétaire de la collection, par exemple).

La Fédération Patrimoine Minier avait proposé aux associations d'amateurs de minéralogie et paléontologie, le 22 février 1991, la mise en oeuvre d'un tel inventaire, dont un intérêt non des moindres est la sollicitation des uns et des autres à une oeuvre collective de recherche (car l'inventaire constitue en même temps un. outil pour la recherche). Notre souhait est qu'un tel projet puisse revenir sur la scène de l'actualité.
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Dernière Mise à jour : 11 Mars 2001
La Géologie - Forum minéraux