La géologie, les minéraux et les fossiles
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DOSSIER : Site et Histoire de l'exploitation des Mines de STEINBACH en Haute Alsace [3/4]
par Freddy LIBMAN
du Club Dauphinois de Minéralogie et de Paléontologie



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Un réseau complexe de galeries anciennes et récentes
Le réseau de galeries de la mine St Nicolas a été retenu de préférence à tout autre. Il s'agit de l'ouvrage central, celui autour duquel s'organisait l'exploitation des autres mines lors des différentes périodes d'activité. C'est à cet endroit aussi qu'existe, dans le fond du vallon, le seul emplacement suffisamment grand, sur lequel avait été implanté le carreau de mine du dernier puits creusé par les allemands, ainsi que les installations et équipements de transformation.
Le réseau de galerie a été creusé entre le 16ème siècle et le tout début du 20ème siècle. Il comporte plusieurs étages et niveaux d'exploitation. Des puits descendants en nombre, ainsi que des puits ascendants d'aération. La galerie principale de la mine St Nicolas devrait avoir une pénétration horizontale estimée à 400 mètres environ.
Lors de la première réouverture provisoire, les membres de l'équipe, accompagnés du Maire de la commune, ont pu découvrir environ 200 mètres de cette galerie, avec plusieurs dépilages, dont un de plus de 30 mètres de haut, ainsi que des puits d'aération comblés.
Les premiers travaux de dégagement ont pu commencer, après accord de la municipalité, avec l'aménagement de l'entrée en août 1990. Il s'agissait de creuser un véritable accès minier dans les éboulis du talus d'effondrement, sur une longueur de 20 mètres environ. En contrebas de la mine, à quelques dizaines de mètres, se trouve la plate-forme du puits vertical de 65 mètres, inondé jusqu'au sommet et creusé en 1898 par la société allemande "Gewerkschaft Brigitta".
L'option prise consistait à réaliser un creusement sous éboulis, suivant une technique employée par les anciens mineurs. Cette méthode permet de boiser au fur et à mesure de l'avancement des travaux, sans qu'il soit nécessaire d'assembler les différentes pièces de l'ouvrage par cloutage. On pouvait ainsi remplacer ultérieurement les pièces de bois en cas de pourrissement. Mais le choix était également financier et la réalisation d'un tel équipement est plus longue et plus pénible. Il faut, en effet, creuser et boiser simultanément. Les rondins de sapin et les planches du toit sont poussés au fur et à mesure de l'avancement des travaux, à raison de 30 centimètres chaque fois. Les cadres de soutien sont faits avec des rondins plus épais et mis en place tous les mètres, pour donner la forme définitive et la solidité à cet ouvrage de passage. Les 5 premiers mètres furent néanmoins creusés avec l'aide d'une pelle mécanique, la faible hauteur du talus autorisait cette petite entorse à la règle. Pour les 13 à 15 mètres suivants et pour faire la jonction avec la roche du toit de la galerie, 16 mois de travail, d'août 1990 à janvier 1992, furent nécessaires, ainsi que 700 mètres de perches de sapin de la forêt toute proche.
Un mur extérieur en pierre fut érigé et une porte en fer forgé à l'ancienne aménagée, permettant de retenir le front d'éboulis, fermer la galerie, et donner ainsi à l'ouvrage son aspect définitif.
L'ouverture de la mine et l'organisation des premières visites ont été filmées par une équipe de FR 3 Alsace.
L'entrée de la galerie enfin dégagée, une nouvelle et difficile étape de travaux commençait. Il s'agissait maintenant de dégager des tonnes de roches et de gravats, qui jonchaient le sol et qui s'étaient accumulées durant les décennies d'hibernation et d'inactivité forcée de l'ouvrage. Au début, ce travail a été réalisé à la brouette. Mais l'Homo Sapiens Sapiens, habitué aux techniques modernes, a rapidement changé de méthode devant la dureté de la tâche, pour trouver une solution plus conforme à son époque. Une voie de roulage, avec des rails et des wagonnets de récupération, fut donc aménagée. Lors de la mise en place de cet équipement, une voie de roulage plus ancienne, réalisée probablement au 16ème siècle, fut découverte. Elle avait été enfouie et recouverte par les derniers exploitants allemands, lors des travaux de 1875-1900 et restait donc en place, sur le fond de la galerie sous 0,50mètre de stériles. Elle a été conservée pour permettre aux archéologues miniers de réaliser ultérieurement une étude.
Cette mesure de préservation demandait un travail supplémentaire conséquent. Les rails de la voie de roulage actuelle ont du être suspendus aux parements de la galerie, le tout sur une longueur de 85 mètres. La pose de 150 mètres de rails, entre la jetée de la halde à l'extérieur et une petite salle située à l'intersection d'une première division de la galerie principale, fut ainsi réalisée au fur et à mesure de la progression du chantier de déblaiement. Elle nécessitait également l'invention et la fabrication d'un équipement spécial destiné à donner aux rails les courbes, leur permettant de traverser les passages étroits et sinueux du filon, que suivaient les anciens mineurs au plus juste. Le déblaiement de cette partie et l'installation des rails ont ainsi occupé l'équipe durant une année entière.
Au fur et à mesure que les travaux de dégagement de la galerie avançaient et que de nouvelles zones furent découvertes, des évènements imprévus ou des situations nouvelles se présentaient.
Ainsi, en décembre 1993 et janvier 1994, de fortes pluies s'abattaient sur le massif vosgien et entraînaient l'inondation de la galerie. Aucun système d'évacuation des eaux n'avait été prévu jusqu'à ce moment. Accès et travaux devenaient impossibles. Des problèmes électriques survenaient également avec la montée des eaux. Une pompe fut installée dans un puisard et reliée à un réseau d'évacuation. Mais une nouvelle surprise de taille attendait les mineurs-restaurateurs de la St Nicolas, après l'évacuation de l'eau. Le premier puits d'aération à partir de l'entrée, pratiquement comblé jusqu'au sommet - 11 mètres - et qui avait été consolidé provisoirement à la base, n'avait pas tenu sous la pression de l'eau et le poids des éboulis. Le puits s'était vidé et les matières qu'il contenait s'étaient répandues jusqu'au plafond de la galerie.
Travail de titan imprévu. Il fallait dégager la galerie et vider le puits d'aération progressivement. Une trémie d'occasion a pu être récupérée et installée dans la galerie, permettant le soutirage et l'évacuation vers le bas des éboulis restés coincés dans la cheminée. Il fallait également installer un boisage supérieur au sommet du puits, dans le talus du cône de sortie, pour éviter tout nouvel accident et consolider définitivement l'ouvrage. Ce chantier a duré plus de 6 mois et nécessitait l'évacuation de plus de 120 wagonnets de terre et de gravats rocheux. Le wagonnet représente l'équivalent de 8 brouettes environ d'éboulis. Le puits d'aération, comme les deux autres qui se trouvent encore plus loin dans la galerie, datent tous du 16ème siècle. Ils ont tous été utilisés par les exploitants successifs.
Le premier accident devait survenir pendant ces travaux, le 19 juin 1994. Un wagonnet chargé devait couper un bout de la queue du chien mascotte de l'équipe, qui se reposait près de la jetée de la halde de déchargement !
Fin 1994, les travaux habituels de dégagement et d'aménagement de la mine pouvaient à nouveau reprendre avec;
  • la mise en place d'un aiguillage, à la hauteur de la division de la galerie principale et permettre ainsi de travailler sur deux chantiers simultanément,
  • le prolongement des voies de roulage dans les deux galeries,
  • le déblaiement d'un premier dépilage, d'une quinzaine de mètres de haut et, surtout,
  • le brochage des parties fragiles de la galerie principale.
La technique du brochage, ou boulonnage, est relativement récente dans les travaux miniers. Elle date des années 1940-1950 et permet de remplacer le boisage, en particulier dans les passages étroits des galeries. Un tel équipement assure surtout une plus grande sécurité dans les mines. Il s'agit de forer des trous de 32mm sur une profondeur variant entre 0,80m et 2 mètres, suivant la nature de la roche, pour y introduire des broches bloquantes. Celles-ci peuvent, par ailleurs, être équipées, à l'extérieur, d'une plaque métallique pour consolider le tout.
Ces travaux furent très pénibles, d'abord en raison du bruit que produit un perforateur dans une galerie de mine, mais aussi en raison de l'emplacement même des trous à forer, qui se situent aux trois-quarts de la hauteur des parois et dans le plafond. En plus, certains secteurs de la galerie sont composés d'une roche assez friable et qui regorge d'eau, ce qui rendait le travail parfois dangereux. L'acquisition d'un perforateur spécial d'occasion, à air comprimé et à eau s'est donc avérée nécessaire.
Nouvelle surprise en février 1996. Lors des travaux de dégagement du petit dépilage, un puits descendant, ne figurant sur aucun plan et entièrement comblé, fut découvert. Le pendage de cet ouvrage est pratiquement vertical et suit un filon de quartz. Un commencement de déblaiement a donc été entrepris en novembre 1996, durant une période sèche. Des restes de poutres ont été retrouvés dans les stériles qui ont permis de combler le puits à une période inconnue. Les encoches de fixation dans les parois ont pu être réutilisées pour la mise en place d'un début de boisage de sécurité. Il s'avère que le puits était divisé en deux parties par les anciens mineurs (probablement aussi au 16ème siècle). Il était utilisé, d'un coté, pour la circulation des mineurs et de l'autre coté, pour remonter le minerai.
Le déblaiement de ce puits s'avère particulièrement harassant et les hommes doivent se relayer sur des périodes très courtes. Les gravats se composent de stériles de quartz, de grauwakes et de barytine, lourds et saturés d'eau. Le déblaiement est réalisé au seau qui est tiré à la corde jusqu'au niveau de la galerie, pour être vidé dans le wagonnet. Le puits semble inondé ou relié à une galerie inférieure qui l'est elle même. Une pompe a ainsi du être installée pour maintenir le niveau d'eau au plus bas. Le chantier n'avance que périodiquement, en raison de la difficulté des travaux, mais aussi en raison des inconnues qui l'entourent sur la nature de sa fonction et son aboutissant.
En 1997, nouvelle péripétie qui arrête le chantier complètement pendant plus de trois mois, péripétie qui failli provoquer la fermeture et la condamnation définitive de la mine St Nicolas. Quelques "défenseurs" purs et durs de notre milieu environnemental et qui agissaient pour le compte d'une Association, ont demandé l'arrêt des travaux et la fermeture administrative de la mine.
Probablement plus par jalousie devant la réussite déjà bien visible de ce chantier de sauvetage, que pour une raison quelconque de protection de la nature. Mais grâce à des interventions énergiques et fermes du Maire de la commune de Steinbach auprès des élus de la région, ainsi qu'auprès de l'administration de l'État, les travaux ont pu reprendre. On devine le découragement de l'équipe pendant ce temps.
Les travaux ont donc repris en octobre 1997, après la journée "mine ouverte". Ces rencontres annuelles avec les élus et la population des villes et villages environnants, attirent chaque fois bon nombre de visiteurs, entre 600 et 800. Ils ont l'avantage de sensibiliser les gens à la démarche qui a été entreprise pour le sauvetage de ce patrimoine minier historique. Tous se rendent ainsi mieux compte, de l'effort qui est déployé par ces quelques bénévoles, les soutiennent et les encouragent. Le chantier reprenait ainsi, tous les samedis, son rythme habituel de travaux, mais aussi de casses-croûtes en communs à midi et de petits repas sympas le soir, avec les familles.
Dans le dépilage, la hauteur des éboulis pouvait atteindre jusqu'à 5 mètres par endroit. Dégagé à la brouette dans les wagonnets, en avril 1998 l'endroit retrouvait son aspect originel après évacuation de pas moins de 150 wagonnets d'éboulis !
Comme cela avait déjà été évoqué, lors de la réouverture de la mine il avait été décidé d'aménager l'entrée avec un boisage à l'ancienne. La durée de vie limitée d'un tel ouvrage, de 6 à 8 ans au maximum, était connue d'avance. Des réparations ponctuelles avaient été engagées en 1997. Le remplacement complet des 15 à 20 mètres de boisage du couloir d'accès s'imposait et fut réalisé entre octobre 1998 et mai 1999, suivant une technique inventée sur place. Il s'agissait ainsi de fabriquer un cadre métallique complet sur toute la longueur du couloir d'accès, soutenu par des assemblages faits en traverses de chemin de fer, placés tout les mètres, pour consolider et maintenir l'ouvrage en place. Le cadre métallique à été réalisé avec des glissières de sécurité s'accrochant les unes aux autres. Un habillage intérieur en rondins de sapins, complète le tout et donne à l'ensemble son aspect traditionnel d'entrée de mine. Ces travaux ont nécessité l'arrêt du chantier de déblaiement, les rails du chemin de roulement ayant du être enlevés.
Des travaux du même ordre furent également réalisés sur le premier puits d'aération, où une dégradation de la retenue du talus laissait entrevoir un nouvel effondrement. Un socle en béton, qui repose directement sur le rocher et surmonté de glissières métalliques, le tout fermé avec une grille, furent ainsi mis en place pour assurer la sécurité sur plusieurs dizaines d'années.
Un autre chantier est actuellement en voie d'achèvement pour dégager le deuxième puits d'aération montant, situé à 120 mètres environ de l'entrée. Pour engager ces travaux, une trémie spéciale fut imaginée et fabriquée par deux membres de l'équipe, afin de permettre le soutirage des éboulis. La hauteur de l'ouvrage atteint 25 mètres. Une tête de puits fut également aménagé à la sortie pour éviter tout accident. La dimension du cône extérieur atteint 10 mètres. A ce jour 400 wagonnets d'éboulis et de terre ont été soutirés pour dégager l'ouvrage.
Dans ce secteur très éboulé et mal connu se trouve le fameux puits descendant du 16ème siècle, qui a été comblé et qui restait ignoré par les allemands lors de leurs dernières recherches. Des travaux sont en cours actuellement pour retrouver le puits.
C'est probablement de ce puits descendant, que provenait le système de pompage hydraulique, mis en place vers l'an 1695 et qui fut découvert, dégagé et emporté par les allemands après l'inondation catastrophique du 8 mars 1902. Le système de pompes en bois était monté en cascade sur toute la hauteur du puits, soit 100,5 mètres du niveau inférieur au niveau supérieur de la galerie principale qui servait alors de déversoir. Le tout était actionné par une roue hydraulique située à l'extérieur et reliée par un train de perches à travers la galerie, jusqu'à la tête de la partie verticale du système d'exhaure. Une prouesse technique pour l'époque, compte tenu de la longueur de la galerie traversée (qui forme plusieurs courbes importantes) et de la hauteur totale de refoulement de l'installation. Les entailles, qui supportaient le train de perches, sont encore bien visibles dans les parties anciennes de la galerie.
L'ensemble de cette zone demande un travail considérable pour retrouver trace des anciens aménagements. Il s'agit, probablement, de la partie la plus intéressante du réseau de galeries de cette mine.
Mine de STEINBACH en Haute Alsace (Vosges)

Mine de STEINBACH en Haute Alsace (Vosges)

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Dernière Mise à jour : 29 Décembre 2001
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