La géologie, les minéraux et les fossiles.
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Dossiers - Espèces minérales nouvelles françaises depuis la création de la commission "Nouveaux minéraux" (C.N.M.M.N.) de l'Association Internationale de Minéralogie (I.M.A.) : quarante ans de découvertes.
par Yves MOELO
E-mail : yves.moelo@cnrs-imn.fr
(CNRS, Laboratoire de chimie des solides, Institut des matériaux J. Rouxel, Nantes)

1 - Evolution avec le temps
Après une période de gel (une seule espèce nouvelle dans les années cinquante, l'orcélite), la systématique des minéraux français redémarre dans les années soixante (7 espèces), et s'amplifie dans les trois décennies suivantes (tableau 1 et figure 2) : 9 espèces pour les années 70, 20 pour les années 80, 20 pour les années 90, et 4 espèces en 2000-2001, soit 60 espèces nouvelles en quatre décennies (1,5 par an). Est-ce à dire que cette tendance va se maintenir, voire s'affirmer dans les années à venir ? Rien n'est garanti, comme on le verra dans le dernier chapitre...

2 - Comment a-t-on découvert ces espèces
Les manières de découvrir une espèce nouvelle sont variées. Cela peut d'abord résulter du réexamen d'échantillons de collection plus ou moins anciens, mal caractérisés par les moyens
Tableau 1 - Espèces minérales nouvelles découvertes en France depuis les années soixante
(orcélite 1959 Caillère et al.)* villyaellenite 1984 Sarp
roquésite 1963 Picot & Pierrot macphersonite 1984 Livingstone & Sarp
weilite 1963 Herpin & Pierrot orthoserpiérite 1985 Sarp
compreignacite 1964 Protas vinciennite 1985 Cesbron et al
rauenthalite 1964 Pierrot perroudite 1987 Sarp et al.
sainfeldite 1964 Pierrot odinite-1M 1988 Bailey
meymacite 1965 Pierrot & van Tassel géminite 1990 Sarp & Perroud
hocartite 1968 Caye et al trimounsite-(Y) 1990 Piret et al
pierrotite 1970 Guillemin et al camérolaïte 1991 Sarp & Perroud
agriniérite 1972 Cesbron et al. capgaronnite 1992 Mason et al.
rameauite 1972 Cesbron et al. deloryite 1992 Sarp & Chiappero
méta-lodèvite 1972 Agrinier et al. fontanite 1992 Deliens & Piret
duranusite 1973 Johan et al guarinoïte 1993 Sarp
laffittite 1974 Johan et al thérèsemagnanite 1993 Sarp
routhiérite 1974 Johan et al. rabejacite 1993 Deliens & Piret
mazzite 1974 Galli et al. seelite 1993 Bariand et al
montdorite 1979 Robert & Maury zdenekite 1995 Chiappero & Sarp
magnésiocarpholite 1980 Goffé et al. mahnertite 1996 Sarp
ferrarisite 1980 Bari et al. deliensite 1997 Vochten et al.
fluckite 1980 Bari et al. iltisite 1997 Sarp et al.
chabournéite 1981 Johan et al. pushcharovskite 1998 Sarp & Sanz-Gysler
mcnearite 1981 Sarp et al. yvonite 1998 Sarp & Cerny
natrodufrénite 1982 Fontan et al. gilmarite 1999 Sarp & Cerny
geffroyite 1982 Johan et al. nabiasite 1999 Brugger et al
giraudite 1982 Johan et al. laforêtite 1999 Meisser et al.
chaméanite 1982 Johan et al. wallkilldellite-Fe 1999 Sarp et al.
phaunouxite 1982 Bari et al. lulzacite 2000 Moëlo et al.
chessexite 1982 Sarp & Deferme rollandite 2000 Sarp et al.
argutite 1983 Johan et al. rouaïte 2001 Sarp et al.
carboirite 1983 Johan et al. théoparacelsite 2001 Sarp & Cerny
dervillite ** 1983 Bari et al.  
* dernière espèce définie en France avant la création de la C.N.M.M.N. de l'I.M.A. ** redéfinition de l'espèce



de l'époque de leur récolte. A ce titre, les grandes collections nationales sont une mine potentielle d'espèces nouvelles ; encore faut-il avoir les moyens nécessaires au réexamen de dizaines de milliers d'échantillons ! Il s'agit là avant tout d'une question de politique muséologique... Vaste programme ! On donnera dans le chapitre suivant des exemples de tels réexamens qui se sont avérés payants.
Cependant, le plus généralement, cela résulte directement d'une étude de terrain, plus ou moins orientée. Ainsi une découverte ponctuelle peut être la retombée d'une étude géologique plus générale, ou de travaux miniers. En France, on peut donner comme exemples :
  • la roquésite, premier minéral d'indium, dans le cadre de l'étude du gîte à Cu-Sn-Fe de Charrier (Allier) (remarque : les références de tous les articles de définition des espèces nouvelles sont données en fin d'article, selon l'ordre alphabétique de ces espèces) ;
  • la montdorite, nouveau mica, dans le cadre de l'étude pétrographique de rhyolites du massif du Mont-Dore ;
  • la nabiasite, nouvel oxyde complexe de manganèse, dans le cadre d'un travail de thèse sur des minéralisations manganésifères du Paléozoïque des Pyrénées centrales.
Des découvertes géographiquement disparates peuvent être le fruit d'un travail plus soutenu. C'est ainsi que les travaux de recherche minière du BRGM en France, appuyés par des études métallographiques approfondies, ainsi que le travail d'inventaire minéralogique départemental des indices miniers (mené par R. Pierrot - BRGM Orléans), ont conduit à la découverte d'un certain nombre de minéraux métalliques ou liés à des minerais : roquésite, chabournéite, duranusite, laffittite, pierrotite, routhiérite, argutite, carboirite, chaméanite, geffroyite, giraudite, vinciennite, laforêtite.

Un tel inventaire a permis de mettre le doigt sur une minéralisation particulièrement originale, celle de l'indice complexe à Tl-Hg-Sb-As de Jas-Roux (Hautes-Alpes), où ont été découvertes quatre espèces nouvelles (chabournéite, laffittite, pierrotite, routhiérite). On touche là un des principes majeurs du "chasseur" d'espèces nouvelles : dès qu'un gisement sort de la norme sur le plan minéralogique, son étude approfondie, et poursuivie pendant des années, va permettre d'accumuler les espèces nouvelles. L'exemple le plus spectaculaire au monde est certainement celui de la mine de Tsumeb (Namibie), qui a fourni des espèces nouvelles par dizaines. On connaît aussi l'exemple du gisement de Lengenbach, Binntal (Valais suisse), qui est une référence en matière de nouveaux sulfosels d'arsenic. En France, cette stratégie a été appliquée à l'étude des minéraux secondaires de Cap Garonne (Var), ce qui a conduit à la décennie (cf. notamment Sarp et al., 1997) !
En prenant un peu plus de recul, on peut dire que pour l'essentiel, à l'origine, la découverte d'espèces nouvelles repose sur un travail de terrain approfondi, local ou régional, qui peut avoir diverses origines :
  • recherches minières pour l'uranium (cf. Scemama, 2002, et Chantret, 2002) : les premiers uranifères décrits reposent sur les prospections minières du CEA et les travaux de reconnaissance et d'exploitation ayant traversé les zones d'oxydation supergène ; les descriptions récentes reposent sur l'exploitation des gisements du bassin de Lodève ;
  • inventaire minéralogique départemental du BRGM, déjà cité ;
  • thèses basées sur des études régionales de géologie générale, pétrologie ou métallogénie (découverte de la duranusite et de la nabiasite) ;
  • études locales approfondies sur d'anciens sites miniers, éventuellement appuyées par l'archéologie minière, et où l'apport des amateurs locaux joue un rôle important (Cap Garonne, Sainte-Marie-aux-Mines). Ces travaux constituent le premier maillon de la chaîne, où le hasard est pour beaucoup ; d'autres maillons intermédiaires peuvent intervenir, mettant en jeu des professionnels en métallographie ou en pétrologie, par exemple. Le dernier maillon est celui des minéralogistes cristallographes, en mesure d'établir tous les critères de définition requis pour une homologation finale par la Commission des nouvelles espèces de l'I.M.A. (CNMMN). Au fil de ces maillons, pour reprendre une expression célèbre, le hasard fait place à la nécessité, et le qualitatif des premières observations s'efface devant le quantitatif des analyses de laboratoire
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Dernière Mise à jour : 27 Avril 2003
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