Le 23 avril, l'extraction du charbon s'est arrêtée définitivement en France. Ce jour-là, à La Houve, à Creutzwald (Moselle), la France a tiré un trait sur un pan de son histoire. Pour éviter que la mine ne disparaisse en emportant avec elle tous les morceaux de la mémoire des hommes, des initiatives multiples visent à conserver les symboles les plus éminents du patrimoine industriel, culture du geste et du savoir-faire, mais également celle du cœur et du sentiment d'appartenance.

Un livre unique en son genre, L'Herbier de pierre, s'associe au travail de mémoire des mineurs du bassin houiller de Lorraine, à l'occasion de la fermeture du dernier puits. Page après page il présente les fossiles de l'époque lointaine où le charbon s'est lentement formé à partir des débris abondants d'une végétation luxuriante. Morceaux d'un puzzle éclaté que les mineurs ont remonté pièce par pièce. Des éléments aujourd'hui irremplaçables.

" Mineur à Merlebach, mon père rapportait, au retour du poste du matin, le reste de son briquet : un bout de pain ayant pris le goût de la mine, pas franchement désagréable, raconte l'auteur. Je n'ai jamais vu mes parents jeter du pain. S'il en restait, c'était pour les lapins. Je me surprenais à grignoter ce quignon, l'imagination vagabonde… J'appris bien plus tard, que tous les gosses de mineurs guettaient la musette du père : dans le Nord, on appelait pain d'alouette ce restant de casse-croûte imprégné du mystère de la mine. Souvent, la musette pesait plus lourd. Elle contenait alors un fossile, les traces d'un règne végétal disparu. De cette manière naquit le lien que j'entretiens depuis cinquante ans avec la géologie, bien qu'étant devenu journaliste ".

A partir de la flore fossile du bassin houiller lorrain, en particulier ses fougères arborescentes, ses calamites et lépidodendrons, on est bien obligé de déduire que le climat, il y a 300 millions d'années, n'était pas celui de l'Europe d'aujourd'hui, mais celui d'une zone intertropicale chaude et humide.

L'Herbier de pierre conserve dans ses pages les témoins de cette époque où l'équateur passait au-dessus de l'Europe. L'ouvrage s'adresse à tous ceux que la géologie et le monde de la mine passionnent, quelles que soient leurs connaissances et leur sensibilité. Car la science consacrée aux fossiles ne reste pas confinée dans un petit monde de spécialistes. Elle attire un nombre croissant d'amateurs éclairés. On n'a peut-être jamais vu autant de livres et d'expositions contribuer à l'engouement pour les sciences de la Terre.

L'herbier de pierre rappelle que le bassin lorrain est le seul bassin houiller français d'importance où se trouvent superposés des terrains d'âge westphalien et stéphanien. En d'autres termes, le gisement s'est constitué pendant le Carbonifère supérieur et le Permien inférieur, sur une durée d'environ 50 millions d'années. Une coupe géologique montre comment les mouvements en profondeur vinrent bouleverser la disposition initiale des sédiments carbonifères. Compressions et distensions provoquèrent plis, fractures d'étirement et failles de tassement pour laisser en place un gisement complexe.

Sévère, aussi, la paléobotanique que L'herbier de pierre ne prétend qu'effleurer. Au siècle de Jean-Jacques Rousseau, Malesherbes n'hésitait pas à écrire : " Le premier malheur de la botanique est d'avoir été regardée dès sa naissance comme une partie de la médecine ". Jusqu'à Linné, les ouvrages sont rédigés en latin et demeurent rebutants pour un public même cultivé.

Cependant L'Herbier de pierre, en aucun cas, ne veut être rébarbatif, même si sa démarche est rigoureuse. Les fougères d'il y a 300 millions d'années sont nommées en latin, selon une nomenclature binominale universelle. Plus de 60 illustrations visent à faciliter le repérage au milieu des fougères vraies et des étranges " fougères à graines ", ptéridospermophytes aujourd'hui disparus, les calamites, lépidodendrons, sigillaires et les cordaïtes.

Tous les soins sont consacrés aux photos. Elles montrent " la beauté et la finesse des origines végétales du minéral austère et contribuent à rendre au diamant noir ses lettres de noblesse, celles que l'âpreté de la lutte pour son extraction avait injustement occultées ", observe Alain Rollet, directeur général des Houillères du Bassin de Lorraine, dans la préface de ce livre-patrimoine.



Sylvain Post : 58 ans. Né à Sarreguemines. Fils de mineur.
Trente-deux années de journalisme (notamment dans le bassin houiller lorrain, en début de carrière). Occupe aujourd'hui les fonctions de directeur de journal, en presse professionnelle, à Paris.
Sa passion pour les sciences de la Terre l'a conduit à animer conférences et débats, notamment sur le séisme de Mexico, la sédimentologie du bassin de Paris, le carbonifère en Lorraine, le règne des ammonites, le principe du Pendule de Foucault, Darwin…
Président fondateur de l'association lorraine amateur de géologie GEOLOR, à Thionville, il participa, dans cette ville, au lancement du centre culturel scientifique technique et industriel, en relation avec l'Ecole nationale d'ingénieurs de Metz et la faculté des sciences de Nancy. Il avait été nommé, par arrêté préfectoral, au comité de gestion de la réserve géologique de Lorraine (Hettange-Grande), avant de quitter la région.

Contact : sylvain.post@wanadoo.fr