Les minéraux, les fossiles et la géologie.
Géologie, fossiles, et réglementation au cap Blanc-Nez dans le Pas-de-Calais
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Haut de page Une réflexion sur l'image du milieu des collecteurs de minéraux et fossiles, sur la législation, à partir d'un cas précis : le cap Blanc-Nez (Pas de Calais)

Par Frédéric Delporte : Delporte.frederic@wanadoo.fr

Voir "Le Règne Minéral" n° 25, Janvier 1999 : "La Pyrite et la marcasite du cap Blanc-Nez".

Introduction :

Suite à l'article du "Règne Minéral" sur le site du cap Blanc-Nez et à un reportage de FR3 où, là, les passionnés de paléontologie étaient vilipendés pour leur action destructrice envers la falaise, il est apparu pertinent de faire un point commenté de la réglementation de la collecte de minéraux et fossiles du lieu puisque, ne l'oublions pas, nul n'est censé ignorer la loi...

Pour cela nous avons, entre autre, rencontré le maire d'Ecalles, commune sur le territoire de laquelle se trouve le cap Blanc-Nez. Celui-ci nous a fait bon accueil et communiqué ce qui suit, en nous expliquant que le site ne dépendait pas de sa compétence mais qu'il avait seulement une responsabilité en ce qui concernait la sécurité des visiteurs et l'obligation de se conformer ainsi que de faire respecter la réglementation en vigueur.

Un arrêté préfectoral, affiché sur le site et à la mairie, réglemente le site en matière de collecte depuis 1989 ...
Vu la loi modifiée du 2 mai 1930 relative à la protection des monuments naturels et des sites de caractère artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque ;
Vu le décret du 23 décembre 1987 portant classement du site du cap Blanc-Nez ;
Vu l'intérêt scientifique présenté par les coupes géologiques apparentes dans les falaises ;
Vu les risques d'éboulement existant au pied des falaises ;

Art 1 : Les travaux d'extraction mécanique et d'affouillement à l'aide de matériel lourd (pioche, bêche, masse,...) pour le prélèvement de fossiles, roches ou minéraux, sont interdits dans la zone littoral classée (falaise et domaine public maritime).

Art 2 : Le ramassage modéré d'échantillons de roches ou de fossiles naturellement dégagés par l'érosion sur la plage reste toléré (note de l'auteur: donc sans outil). Dans le cadre de prospection à caractère scientifique ou pédagogique, des demandes d'autorisation de prélèvement superficiel d'échantillon à l'aide de petit matériel (type marteau de géologue) pourront être déposées à la préfecture du Pas de Calais. Les décisions relatives à ces demandes relèveront de l'autorité préfectorale après rapport du délégué régional à l'architecture et à l'environnement.

Quelques commentaires et réactions...

Sur l'arrêté lui même : toute utilisation d'outil est formellement interdite sur le site sauf autorisation spéciale et limitée à du matériel très léger. Ce qui veut dire que tout chercheur ou musée qui souhaiterait prélever serait contraint d'utiliser à des moyens ridicules. Comment prélever correctement une ammonite de 30cm de diamètre dans la craie crétacé gorgée d'eau ou un os de plésiosaure déjà très fragilisé avec un marteau de géologue ! Car l'arrêté est strict et sans exception : pas de matériel lourd ! De plus, avec autorisation, seul un prélèvement superficiel peut être admis. Donc, en cas de découverte d'un squelette complet de plésiosaure, même un organisme type musée public, universitaire ou CNRS, ne pourrait creuser pour le dégager !
La loi est la loi, pour cela il faudrait modifier l'arrêté...

Quant à ramasser ce que l'érosion a naturellement dégagé, que reste-t-il ? Les fossiles du site sont pour la plupart de même nature que l'encaissant, par ailleurs peu résistant (craie, argile, ...). La mer ne fait pas de différence !
Pensons aux spécimens de marcasite en macle de la sperkise ici si exceptionnels qui s'oxydent et se détruisent très rapidement, ils ne peuvent pas être libres naturellement.

Quant à la possibilité d'autorisation, quelle lourdeur administrative.
Un professeur de sciences naturelles souhaitant collecter deux bouts de bellemnites et trois bouts d'ammonites pour explication et leçon de choses à ses élèves se voit contraint de monter tout un dossier justificatif pour obtenir la bénédiction du délégué à l'architecture (!) et à l'environnement dont on peut douter d'ailleurs des compétences en paléontologie.
Pourquoi faire simple quand on peu faire compliqué...
Ce type de réglementation est à l'origine de la désaffection que connaissent les sciences naturelles et plus particulièrement les sciences de la terre.
La base de l'activité et de l'esprit naturaliste est l'observation du terrain, la collecte de spécimens puis leurs préparations et enfin leurs études. Etudier des fossiles ou des minéraux sur place, sans préparation, sans documentation, sans collection de référence est une utopie. Le naturaliste, espèce en voie d'extinction, constitue une collection (le botaniste se constitue un herbier, ...).
Une collection consiste à rassembler des objets déterminés en vue de leur étude pour en dégager un enseignement. N'oublions pas que "Les collections sont un livre toujours ouvert que le meilleur traité ne saurait remplacer" (Pujoux, 1813).

Réflexions diverses sur la protection du site du cap Blanc-Nez :

Telle qu'est la réglementation actuellement le site serait protégé (contre quoi au fait ?) mais pas les richesses paléontologiques et minéralogiques qu'il renferme qui sont inexorablement détruites. La réglementation interdit toute mesure de sauvegarde de ces trésors naturels. Où est ici la protection du patrimoine géologique ?

Nul organisme public n'a mission de collecter les fossiles ou minéraux du lieu pour les préserver d'une destruction naturelle et rapide à des fins d'études ou de présentation et d'édification culturelle. Outre le coût d'une telle structure, cela lui serait défendu.
Il faudrait du personnel pour parcourir de manière systématique et quotidienne tout le littoral, car le lieu est soumis, rappelons le encore une fois, à une érosion très intense : ce qui est à une marée ne le sera plus forcément à la suivante !
Pourquoi ne pas faire confiance aux passionnés et amoureux de la nature pour préserver ces richesses ?

Une réglementation proscrivant tous moyens non manuels (compresseur, perforateur,...) et limitant le matériel utilisable en poids serait plus judicieuse.
Une limite à 2,5kg par outil de percussion ou de taille permettrait de garantir le site tout en laissant aux passionnés la possibilité de travailler proprement et soigneusement.
Les richesses du site seraient ainsi sauvées car il vaut mieux un fossile dans une collection privée que détruit, non ? Et certains pourraientt être alors étudié ou se retrouver en exposition ainsi qu'en collection publique.
Au pire si 100kg de matière sont collectés par jour, qu'est que cela représente par rapport au volume de la falaise, par rapport à ce que la mer emporte ou détruit ?
Quel poids représente un mètre cube de craie ?
Une à deux tonnes soit 10 ou 20 jours de collecte...
Un récent éboulis de falaise en Normandie porte sur 15.000 mètres cubes de roche soit peut être 30.000 à 35.000 tonnes de roche. La mer emportera le tout très rapidement.
Le plus important n'est-il pas que d'une façon ou d'une autre fossiles ou minéraux soient sauvés ?
Certains attendent l'état providence, des emplois publics, pourquoi pas mais avec quel argent et quand ?
Un autre aspect des interdictions du site relèvent de la sécurité. Les falaises sont très instables, stationner soit au bord soit en dessous est mettre sa vie en danger.
Et en cas d'incident ou pire, on accusera les pouvoirs publics de négligences, d'où les angoisses des maires qui sont responsables de la sécurité des personnes dans leur commune.
Suite à un risque imminent d'éboulement, un arrêté municipal a interdit très justement l'accès à une bande de terrain de 500m de long sur 50m de large en dessous de la falaise. En bas, des pieux métalliques reliés par des chaînes où sont suspendues des pancartes avertissant du danger délimitent la zone.
Il y a peu, suite à un contrôle de gendarmerie, des personnes outils à la main y ont été surprises et ont donc été verbalisées.
A priori seules les personnes dans l'aire interdite ont été sanctionnées. Si on peut espérer et plaider une tolérance pour la détention de petit outillage, circuler dans la zone dangereuse n'est pas acceptable, pour les personnes elles mêmes d'abord et vis à vis des autorités. Quelle promotion pour les passionnés de sciences de la terre ! Et comment après ce type de comportement attendre écoute et compréhension ? Un peu de diplomatie s'il vous plaît...
Constatons aussi que depuis l'annonce d'un risque d'éboulement et d'un danger par médias interposés, de nombreuses personnes viennent "voir", en ne respectant pas souvent la moindre prudence, au grand dam des autorités. Que faire ?

Il est aussi curieux que la richesse du site du cap Blanc-Nez soit si peu valorisée du point de vue scientifique, culturel, touristique et économique. Nombreux sont les visiteurs attirés par les curiosités géologiques du lieu, de multiples cars de scolaires de la région et de Belgique se déplacent. Aucun projet n'est ne serait ce que pensé.
Pourquoi ne pas imaginer des visites commentées du site, un petit musée de géologie, des panneaux d'information. Le potentiel est là mais les responsables locaux et régionaux l'ignorent totalement, ce qui est fort regrettable pour ce village de 320 habitants dont certains jeunes doivent connaître le chômage et pour tous les amoureux et curieux d'histoire naturelle.


Conclusion :

La complexité, la pesanteur de la gestion et des responsabilités concernant le site (ainsi que le dégagement des financements) dépendant de la municipalité, de l'état central via la préfecture, des affaires maritimes et peut être du département ou de la région ou d'X engendrent l'immobilisme de tous et la paralysie de tout projet ou espoir. Dommage, il y aurait tant à faire...

A Jules Gosselet...
"Chaque fois que nous rencontrons un rocher, nous lui demandons son nom, son âge, pourquoi il est là, comment il s'est formé, et pour ne pas oublier ses réponses, nous en rapportons un fragment dans nos collections"
Père de la géologie dans le Nord de la France,
Fondateur du muséum de Lille.

Que survive l'esprit naturaliste et se développent les sciences pour tous...

Voir "Le Règne Minéral" n° 25, Janvier 1999 : "Pyrite et marcasite du Cap Blanc-Nez".


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Paléontologie et fossiles
Théorie de l'Evolution et Paléontologie

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Dernière mise à jour : 17 Janvier 2002
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