Le gisement et l'exploitation
Il s'agit d'un gisement de cuivre (chalcopyrite) exploité entre les années 1525 et 1857 et à nouveau pendant entre 1909 et 1928 et de 1946 à 1954. L'exploitation s'est définitivement arrêtée en 1954, mais il a fallu attendre 1990 pour que la mine soit convertie en site de tourisme. À l'époque historique, on extrayait 25 tonnes de cuivre environ par an, à partir d'un minerai à 5% cuivre. La minéralisation est répartie dans un faisceau filonien plus ou moins lenticulaire, d'environ 1 km d'extension en direction N 60° E, avec un pendage variant de 50 à 80° vers le Sud.
Au démarrage, l'extraction s'est faite en s'enfonçant dans les filons. Puis s'est posé le problème de l'exhaure, qui a conduit à creuser une galerie de 400 m de long (Hyeronimus Erbstollen), perpendiculairement au faisceau filonien, qui a servi non seulement à l'exhaure par gravité, mais également à la sortie du minerai extrait. Le creusement a débuté en 1760 et a duré 20 ans. Au total, près de 4 000 m de galeries ont été creusés, sur 5 niveaux, dont on visite 1 200 m environ aujourd'hui.
La visite
La visite se fait en entrant par la galerie Hyeronimus, qui a du être renforcée sur ses 150 premiers mètres environ, effondrés entre les deux guerres mondiales car forés dans des moraines. Le passage à la roche dure se traduit par l'abandon du boisage. Le suivi de la galerie permet de recouper plusieurs filons, souvent très plissés et de voir l'encaissant de schistes et gneiss.
Au débouché de la galerie, un court trajet en direction NE permet d'atteindre les restes d'un basculeur en haut d'une descenderie. Un panneau explique la technique d'extraction sur deux chantiers superposés sur une trentaine de mètres d'extension ; l'extraction se poursuit dans le chantier supérieur, tandis que le chantier inférieur est remblayé.
Après être revenus sur nos pas, on poursuit en direction SW avec plusieurs changements de niveau. Ce cheminement permet de découvrir :
- différents puits, d'extraction ou d'aération ;
- des boisages dégradés : un problème d'humidité et de champignons impose de refaire les boisages tous les 10 ans ;
- un boisage de 200 ans encore solide ; il s'agit de bois exceptionnels, choisis et coupés à des saisons précises ;
- une zone de remblais autobloqués au toit de la galerie, le boisage servant de sécurité ;
- un point de chargement des wagonnets ;
- un chantier non remblayé ;
- un secteur non exploité du filon, considéré comme trop boudiné ; les mineurs en ont fait un pilier ;
- divers minéraux de fentes alpines (calcite, adulaire, fluorite) ou de dépôt récent (gypse) ;
- une sortie de secours qui émerge en bordure de la rivière, une trentaine de mètre au dessus de celle-ci, qui entraîne des risques d'inondation ;
- les remontées d'un niveau à l'autre qui se font par des échelles de 4 m, placées en quinconce ;
- la reconstitution d'un wagonnet en bois (chien) de mineur du XVIe siècle.
Pour évoquer l'histoire, notre guide précise qu'à la Renaissance, ce que gagnait un mineur en un mois équivalent au salaire d'un valet de ferme sur un an. L'argent gagné par le mineur célibataire restait bloqué, tandis que le mineur marié recevait 50% de son salaire en argent et 50% en denrées. Ce système était très contraignant puisqu'il liait le mineur à la mine. Par ailleurs, ayant souvent à venir de loin, le mineur bénéficiait du port d'arme. Revers de la médaille, le mineur était incorporable d'emblée en temps de guerre. La mine de Bleiberg possède un drapeau, prise de guerre, issu de la lutte contre les turcs.
Le cheminement s'achève après une remontée par échelles sur 40 mètres de haut, puis le suivi, en direction NE, de la galerie Martin, sur 500 mètres, qui débouche sur une passerelle franchissant la rivière. Après un départ en rive droite de la rivière, nous l'avions franchie en souterrain, avant de revenir ensuite en arrière et de la traverser sur une passerelle pour nous retrouver en rive droite.
Après une montée et une descente, le sentier de rive droite nous conduit aux installations de surface dépendant de la mine :
- bâtiment d'arrivée du dernier puits de mines, reconstitué grâce à l'intervention bénévole de mineurs et d'un charpentier ;
- bâtiment abritant la forge hydraulique et où se trouve le stockage de poudre ;
- la charpenterie ;
- le bâtiment de repos. Au XVIe siècle, le mineur travaillait 44 heures par semaine et il y avait 38 jours de fêtes religieuses. Certains mineurs désiraient arrondir leurs fins de mois et travaillaient jusqu'à 70 h par semaine ;
- bâtiment de la cuisine, équipé d'un grand bac central avec un lit de charbon de bois, permettant à chacun de réchauffer son repas ;
- l'arrivée d'un puits d'aération ;
- le bâtiment de l'usine motrice. En face, sur l'autre rive, on peut observer les ruines des installations de traitement (bocard pour broyer le minerai, installation de lavage). L'eau de la rivière, trop irrégulière, n'était jamais utilisée directement mais toujours dérivée. En fin de circuit, le minerai enrichi était réduit à Bramberg.
Pour conclure
L'aménagement de cette mine est remarquable et le circuit de visite plein d'intérêt. On reste pantois devant le soin pris pour réhabiliter cette mine et le coût du réaménagement, surtout si l'on considère qu'il faut refaire les boisages tous les 10 ans. La visite est en outre très pluridisciplinaire, puisque sont évoquées la géologie, les techniques d'exploitation, mais aussi la vie souterraine, avec notamment des araignées intoxiquées par les sels minéraux servant de nourriture aux champignons qui se développent sur les bois.
Schaubergwerk Hochfeld
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