Par André Holbecq
Situation
Pour arriver à Eichstätt, on emprunte l'autoroute A6 E50 menant à Nürnberg, , on en sort à Ansbach (51km avant Nürnberg) en direction de Ingolstadt et München. A 67km vers le sud-est, se trouve Eichstätt. Notez que dans les environs, à l'ouest se trouve l'astroblème de Nördlingen-Ries, et les sites de Solnhofen et Maxberg célèbres pour leurs archéoptéryx.
Le Jura-Museum est hébergé dans le château fort de Willibaldsburg, qui fut naguère la résidence des Princes-Evêques d'Eichstätt, depuis 1356 et jusqu'au 18è siècle. Pour y accéder dirigez vous vers la gare et juste en face une toute petite rue " burg strasse ", très abrupte, monte au château. Une très vaste terrasse permet un stationnement aisé, on peut aussi se restaurer sur place (très agréable !) Le livret guide existe en version trilingue (française anglaise et italienne) et il est joliment illustré par les plus beaux échantillons. Un CDR est également disponible. Ce musée a ouvert ses portes le 17 septembre 1976.
Horaire d'ouverture :
Du ¼ au 30/9 : 9h à 18h ; du 1/10 au 31/3 : de 10h à 16h.
Sur les hauteurs qui dominent la ville on repère de loin les exploitations et on ne manquera pas de visiter sur la " Blumenberg " le musée privé Berger Harthof, avec ses poissons, insectes, crustacés, ammonites etc…
A l'entrée d'une carrière un panneau indique où les "sammler" ou collectionneurs doivent s'adresser pour casser du caillou. Voilà une initiative qui réjouit l'amateur de fossiles trop souvent confronté à des interdictions.
Origine des collections :
La partie la plus importante et la plus variée concerne le calcaire lithographique de Solnhofen. Commencées en 1844 les collections furent utilisées pour les cours de sciences naturelles du Collège de Philosophie et de Théologie. Elles furent enrichies au cours du temps par les professeurs. En 1968 le nouveau programme éducatif n'incluait plus de sciences naturelles mais pour ne pas perdre une telle richesse scientifique, le Séminaire Episcopal conclut un accord avec le gouvernement régional de Bavière et depuis 1972 la responsabilité scientifique et administrative est passée au Département des Collections d'Histoire Naturelle de l'Etat de Bavière.
Thèmes des expositions :
Le thème majeur concerne le jurassique de l'Alb souabo-franconien. C'est une zone de hauts plateaux où sont notamment exploités les fameux calcaires lithographiques de Solnhofen. Bien entendu l'Archéoptéryx d'Eichstätt constitue la pièce maîtresse mais bien d'autres fossiles sont aussi remarquables par leur état de conservation extraordinaire, y compris pour les parties molles (céphalopodes et méduses).
Un aquarium permet d'imaginer certains fossiles vivants, comme par exemple ces limules (Limulus polyphemus) comparables aux fossiles : Mesolimulus walchi, nautiles et poissons exotiques de récifs comme le poisson ange : Pomacanthus annularis ressemblant au fossile Eomesodon gibbosus, ou l'actuel Baliste : Rhinecanthus aculeatus, ressemblant au fossile :Mesturus verrucosus. Un peu d'imagination et le visiteur, via l'aquarium, se trouve plongé dans le temps à moins 150 millions d'années.
Les pièces qui ont plus particulièrement attiré mon attention :
Dans la vitrine 22, on peut prendre conscience de plusieurs types de conservation : une même espèce, le poisson : Tharsis dubius, montre un exemplaire parfaitement conservé avec toutes ses écailles, un exemplaire désarticulé, sans écailles, sans nageoires, montre un début de putréfaction, avant que la carcasse ne coule sur le fond.
Sur le mur, au dessus des vitrines 21&22 est exposé une nouvelle espèce d'ichtyosaure , un peu plus récent, et montrant des gastrolithes à l'emplacement de son estomac. Curieusement, ces cailloux sont en roche cristalline qui n'existait pas sur la plage de l'île rhénane de l'époque. On pense qu'ils ont été absorbés sur la côte de l'île bohémienne à 200km du lieu de découverte du fossile.
Dans la vitrine 25 un Caturus est mort en ingérant à moitié un Tharsis dubius. Comment cela s'est-il passé ? Le caturus, gêné dans sa mobilité pendant l'ingurgitation , a dû s'enfoncer dans la zone profonde de la lagune, anoxique où la mort l'a saisi instantanément. Certains poissons montrent des traces de morsures nettes peut-être dues à des tortues, moins sensibles aux zones anoxiques puisqu'elles transportent leur oxygène après avoir respiré en surface. On a même trouvé souvent des pelottes de régurgitation avec des poissons entiers, ceci prouvant l'existence de milieux temporairement hostiles.
Le crustacé Mecochirus longimanatus est associé à une courte piste d'empreintes de pas qui s'est interrompue à cause d'une mort subite du fossile tombé dans une zone anoxique.
De nombreux fossiles sont entourés de dendrites de manganèse, à ne pas confondre avec de véritables algues fossiles qui existent aussi dans le calcaire de Solnhofen.
Stupéfiantes : ces méduses (Rhizostomites admirandus) de la région de Pfalzpaint, d'une trentaine de centimètres de diamètre. Quand on pense qu'elles sont constituées à 98% d'eau, on apprécie d'autant plus le rôle protecteur des fines particules calcaires qui les ont préservées.
Les limules sont petites (juvéniles) ; une seule adulte, plus grande a été retrouvée. Une grande plaque montre une longue piste d'empreintes de pas, ce qui témoigne d'un milieu particulièrement calme.
Les crustacés sont bien représentés. Plusieurs montrent un corps comprimé latéralement comme Aeger tipularius ou Antrimpos, d'autres devaient ramper au fond comme Mecochirus, Eryon, Cycleryon, ou creuser des terriers comme : Glyphea et Magila. Normalement ces crustacés vivaient à faible profondeur sur les sommets de récifs à éponges, mais ils ont été entraînés au fond des cuvettes.
Très impressionnants par leur taille, ce sont les poissons géants qui sont aussi spectaculaires que rares. Ils ont été accidentellement transportés dans ces lagunes. Il s'agit des espèces : Asthénocormus titanius, Orthocormus cornutus, Caturus maximus.
Les insectes sont très abondants : des libellules, des éphémères, des sauterelles, des coléoptères, des blattes, des punaises d'eau, des guêpes siricides, qui sont autant de preuves de la proximité de la terre.
J'ai relevé parmi eux un curieux Chresmoda obscura, sorte de Gerris qui devait glisser en patinant à la surface de l'eau.
Les bivalves et les gastéropodes marins sont rares, par contre les ammonites sont fréquentes. Leur intérêt ici est que leurs aptychi (mandibules inférieures) sont restés en position initiale, dans la loge d'habitation, ceci indiquant que l'ammonite n'a pas subi un long transport après sa mort.
Curieusement les bélemnites sont rares. Ici on les appelle en allemand "Teufelsfinger" ou doigt du diable, alors que dans les Alpes de France on parle de "doigts de fées". Mais ici il y a profusion de calmars et de seiches dont les parties molles sont très bien conservées. On peut voir un énorme Acanthotheutis aux tentacules garnis de crochets chitineux. L'un des calmars présente son estomac éclaté libérant une quantité de petits poissons partiellement digérés, dont il ne reste que les colonnes vertébrales. Un autre calmar montre son œil pétrifié en calcite.
Parmi les échinodermes on notera la profusion de petits crinoïdes sans tige : les Saccocoma tenella, recouvrant souvent des dalles entières ; et des ophiures. Mais les oursins sont très rares.
Chez les poissons cartilagineux on notera une raie (poisson guitare), un requin de fond : Palaéocarcharias stromeri aux contours bien définis, un requin primitif intermédiaire entre les Orectolobiformes et les Lamniformes.
Un coelacanthe : Holophagus sp, très bien conservé, est aisément reconnaissable à ses nageoires charnues.
Les actinoptérygiens sont essentiellement des holostéens (= poissons osseux ganoïdes) Ce sont des Lepidotes, et des Heterostrophus bardés d'écailles épaisses rhomboïdales (écailles ganoïdes) constituées d'une sorte d'émail dentaire : la ganoïde. Cette gaine d'écailles robustes soutenait un corps dont la colonne vertébrale n'avait pas encore acquis une grande robustesse. On peut constater l'évolution vers une colonne plus solide avec des écailles peu épaisses dans les vitrines39 à 43.
Les pycnodontes, au corps aplati latéralement et aux pavés dentaires broyeurs sont représentés par un Mesturus verrucosus.
Chez les prédateurs, on remarquera les Caturus et l'Hypsocormus, de forme très hydrodynamique et à nageoire caudale forte permettant une nage rapide, et les longilignes poissons aiguilles Aspidorhynchus et Belonostomus.
Les téléostéens, ou poissons osseux modernes, à écailles cycloïdes (rondes et minces), sont moins nombreux au jurassique en tant qu'espèces, mais plus nombreux en individus.
Chez les reptiles, la pièce maîtresse est sans nul doute le crocodile de mer : Steneosaurus mesurant 4 mètres de longueur. Il est partiellement et pas très bien restauré. Un détail intéressant : la membrane de la patte postérieure droite a été conservée. Une dent de Dacosaurus impressionnante par sa taille (8cm) laisse supposer l'existence d'autres monstres bien plus grands encore. Un moulage d'Alligatorium paintenense et un Alligatorellus beaumonti bavaricus, à longues pattes terminent la galerie des crocodiles.
Pleurosaurus au corps allongé et aux pattes réduites, à la queue comprimée latéralement devait avoir le même comportement qu'une anguille. Quelques tortues vivaient dans les eaux proches de la cote.
Les ptérosaures a membrane alaire portée par les 4ème doigt très allongé sont ici représentés par :
Rhamphorhynchus qui possède un poisson digéré dans son estomac ; et l'aile du plus grand ptérosaure du calcaire de solnhofen : Ptérodactylus grandis, avec une envergure de 2,50m.
Mais l'exemplaire le plus précieux et la vedette du musée c'est : Archéoptéryx lithographica découvert par Xaver Frey, en 1951 dans une carrière au nord d'Eichstätt, près de Workerszell. Il fut décrit en 1973, puis décrit à nouveau par Peter Wellnhoffer en 1974. C'est le plus petit, et c'est un juvénile. Le squelette est parfaitement conservé, notamment le crâne qui est le plus complet connu. Six autres squelettes d'archéoptéryx existent, l'un d'entre eux, le dernier trouvé, en 1992, est celui de la société SolenhoferAktienverein. C'est une nouvelle espèce différente de l'Archéoptéryx lithographica, on l'a nommé Archéoptéryx bavarica. Son intérêt est de posséder un sternum ossifié. Un moulage du dinosaure Compsognathus de Jachenhausen est associé aux divers moulages d'archéoptéryx. On constate la grande similitude du squelette d'archéoptéryx avec celui du dinosaure comme les gastralies (côtes ventrales), la longue queue osseuse, les longs doigts griffus étalés et libres des pattes antérieures, et on ne peut plus voir en lui l'ancêtre des oiseaux modernes. Archéoptéryx représente une branche sans descendant moderne.
Compte tenu de la richesse de ce musée on aurait tendance à croire qu'un petit musée privé ne fasse pas le poids. Et pourtant, ne manquez pas le Berger Harthof sur la Blumenberg à 4km à l'ouest d'Eichstätt. Il est ouvert de 13h à 17h, le dimanche et les jours de fête de 10h à 12h.
Je me souviens d'une crevette Aeger tipularius magnifiquement conservée avec des détails très fins comme ses antennes, une libellule Stenophlebia, un magnifique poisson Undina (un coelacanthiforme de 30cm), ainsi que d'impressionnants céphalopodes, aux parties molles parfaitement conservées, et de chimères avec leur épine dorsale comme Ischiodus avitus.
Adresse :
Jura-Museum, Willibaldsburg, D-85072 Eichstätt
Tel.: 08421/2956, Fax: 08421/89609 (Sekretariat),
4730 (Kasse, Burgverwaltung)
Courriel : Sekretariat@Jura-Museum.de
Site du musée ici !
Crevette fossile Aeger tipularius.
Cycleryon propinquus.
Fossile de glyphaea pseudoscyllarus de Eichstätt.
Quelques méduses fossiles d'une trentaine de centimètres de diamètre (Rhisostomites admirandus, haut-droite).
Limule fossile Mesolimulus walchi.
Coelacanthe fossile Holophagus penicillatus.
Détail du poisson digéré dans l'estomac d'un Ramphorhynchus intermédius.
Poisson digéré dans l'estomac d'un Ramphorhynchus intermédius.
Caturus ingérant un Tharsius dubius.
Le céphalopode Leptoteuthis gigas.
Crevette entourée de nombreuses Saccocoma tenella, des petits crinoïdes sans tige
Aptychus in situ dans une ammonite.
Reptile fossile, un pleurosaurus goldfussi (longueur 1,60m)
Poisson (Aspidorhynchus acutirostris) et ptérosaure superposés.
Ptérosaure : Ramphorhynchus longicaudus.
Chimère Ischyodus quenstedti avec son aiguillon dorsal.
Homoeosaurus pulchellus (longueur 24cm).
Tentacules à crochets du céphalopode Acanthoteuthis speciosa.
Steneosaurus, un crocodile marin de 4 m de long.
Détails : vertèbres et pattes postérieures du crocodile marin Steneosaurus. La patte droite (en haut) montre une membrane.
Empreinte de l'archéoptéryx d'Eichstätt.
Contre-empreinte de l'archéoptéryx d'Eichstätt.
Limule avec empreintes de pas.
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