Il est aisé de se rendre à Francfort sur le Main car la ville est bien desservie par un important réseau autoroutier. Pour trouver le muséum, rien de plus facile il suffit de suivre les panneaux indiquant " Universität ". Je recommande d'y arriver un peu avant l'heure d'ouverture de façon à trouver une place libre dans l'un des parkings voisins (voir carte) Je recommande celui de Bockenhelmer Warte. Il est à 5 mn de marche du musée.
On ne peut manquer le musée même en ayant la vue basse. En effet, sur le terre plein de la Senkenberganlage on a dressé une gigantesque calamite, et un Tyrannosaure. Sur la pelouse du muséum un diplodocus et quelques roches confirment que vous êtes bien arrivé.
On entre dans la grande salle aux dinosaures par un couloir au sol vitré. Sous nos pas : les véritables empreintes de pas de dinosaures, et de chaque côté d'autres pistes avec empreintes de pas.
La grande salle des dinosaures :
En débouchant dans cette salle immense, on est tout de suite confronté au gigantisme d'un Diplodocus longus, d'un Tyrannosaurus Rex. Près du pied du diplodocus on remarque un gros " caillou " qui n'est autre qu'un " coprolithe " c'est-à-dire une bouse pétrifiée. Et ce n'est pas tout : un squelette entier d' Euoplocéphalus, de Triceratops elatus, de Plateosaurus quenstdti, deux têtes osseuses de Triceratops prorsus et d'Eoceratops complètent le tableau de famille. On remarque au passage que la "main" du Triceratops elatus possède un 4ème doigt avec trop de phalanges (4 au lieu des 3 possibles). En effet 3 phalanges au plus au 4ème doigt de la main est une homologie typiquement dinosaurienne selon Philippe Taquet. Ici la correction n'a pas encore été apportée, ni à Londres ni à New york, contrairement au Musée de Stuttgart qui a rectifié ce détail fondamental. Cependant on a remis l'Iguanodon bernissartensis sur ses quatre pattes, tenant compte en cela des considérations du paléontologue britannique David Norman. Un peu plus loin un Stegosaurus stenops de 6 mètres de long montre son imposant squelette supporté par quatre membres redressés bien à l'aplomb du corps, comme il se doit chez les dinosaures. Plaquée contre un mur la gigantesque patte antérieure d'Ultrasaurus, associée à une empreinte de pas, laisse le visiteur perplexe. Suspendu au plafond plane un Quetzalcoatlus northropi, le plus grand des ptérosaures, ayant l'envergure d'un avion de chasse. Tous ces squelettes sont des copies. Mais depuis quelques temps le musée s'est enrichi d'un véritable Psittacosaurus mongolensis du Liaoning Chinois, présenté gisant, et protégé sous vitrine. Il présente un double intérêt. A l'emplacement de son estomac on peut bien identifier des gastrolites, pierres qu'il avalait comme le font les poules, pour broyer ses aliments. La deuxième particularité c'est la présence de très longs rachis sur la queue et le net contour du corps de l'animal (à la manière de certains ichtyosaures). Une reconstitution "en chair et en os" montre pour la première fois ce nouvel aspect assez étonnant de ce "saurien-perroquet" à l'appendice caudal hirsute. Un peu plus loin au sous-sol trône un magnifique exemplaire original d'Anatosaurus annectens montrant sur son flanc une magnifique empreinte de peau plissée à petites écailles, mais aussi, aux pattes antérieures, une pseudo palmure qui avait jadis fait de ce dinosaure à bec de canard un prétendu habitué des marais. Le problème est que cet Edmontosaure, des grès de Laramie (Wyoming), vivait dans un autre milieu, témoins les aiguilles de Cunninghamites (conifère), ainsi que ses 2300 dents prévues pour une nourriture plus coriace que de tendres plantes aquatiques. Cette fausse palmure n'est en réalité que le résultat de la dessiccation de coussinets plantaires dont les peaux sus et sous jacentes se sont rejointes au fur et à mesure que le cadavre se desséchait au soleil. Philippe Taquet a pu observer ce phénomène sur le cadavre d'un dromadaire dans le désert et a ainsi démasqué l'imposture de cette pseudo palmure. Différents œufs de dinosaures sont expos??s sous vitrine, avec un nid couvert par un squelette d'Oviraptor. Le prétendu " voleur d'œufs " était en réalité celui qui les pondait et même les protégeait lorsqu'il fut enseveli sous une dune mouvante, lors d'une temp??te de sable. L'un des œufs est ouvert et montre le squelette de l'embryon d'oviraptor.
Expo temporaire Archéoptéryx dit "Thermopolis"
Archéoptéryx dit "Thermopolis"
Ce qui m'a décidé à retrouver ce musée pour la 3ème fois c'est évidemment l'exceptionnelle expo temporaire du dernier exemplaire d'Archéoptéryx dont on a pu lire la description dans la revue américaine " Science " (vol 310 2/12/2005 p 1483 - 1486).
Tous les exemplaires, ou plutôt leurs moulages, sont disposés dans une galerie aboutissant à une petite pièce coffre fort dans laquelle est présenté le 10ème exemplaire, l'original et inestimé " Thermopolis " qui a été décrit en décembre 2005 par Gérald Mayr. On commence par la plume trouvée en 1860 à Solnhofen, l'exemplaire exposé à Londres trouvé en 1861, celui conservé à Berlin (1874/1876), celui de Maxberg (1956), celui de Haarlem (1855/1970), celui d'Eischstätt (1951/1973), celui de Solnhofen (1988), celui de München (1992), deux fragmentaires de 1997 d'Eischtätt et de 2005 appartenant tous deux à des collections privées.
Selon les scientifiques l'Archéoptéryx était plus proche des dinosaures qu'on ne le pensait.
En effet le pouce des pattes postérieures n'était pas inversé contrairement à ce qui était dit auparavant, et contrairement à ce que l'on voit chez les oiseaux.
Le deuxième doigt de la patte avant est hyper extensible comme chez les dinosaures du type Vélociraptor.
Dans le crâne on peut voir des os palatins spécifiquement dinosauriens et pas aviens.
Le processus ascendant de l'astragale est très développé et bien visible car vu de face pour la première fois, et il est une homologie typiquement dinosaurienne. J'avais réussi à mettre en évidence ce détail avec une vue rasante de la cheville de l'exemplaire de Londres qui présentait ses pattes de façon latérale. C'est maintenant nettement incontestable.
Donc "plus dinosaure qu'oiseau" ainsi apparaît ce 10ème exemplaire particulièrement bien conservé.
Des panneaux didactiques et un téléviseur expliquent schémas à l'appui toutes les nouvelles données résumées sur un excellent dépliant en 18 pages mis à disposition des visiteurs. Dommage que cette exposition se termine fin décembre, elle mériterait d'être maintenue.
La salle des cétacés et des éléphants
Hormis les squelettes de baleine, orque, narval, ce qui nous intéresse plus encore c'est ce squelette d'ancêtre des baleines Ambulocetus, ainsi qu'un crâne de Basilosaure. Parmi les proboscidiens, deux squelettes impressionnants : Gomphothérium et Mastodon américain (daté de moins de 10 000 ans), et des têtes de Deinothérium, de Mammouth. Trois éléphants nains, datés de 70 000 ans, provenant de Sicile (Spinagallo) dont un jeune arborent un crâne dont la taille et la fosse nasale au milieu du front furent à l'origine de la légende des cyclopes.
Salle des reptiles marins et poissons
Le premier monstre marin est un plésiosaure, le Peloneustes philarchos avec un corps de tortue, un cou relativement court et une tête plutôt allongée pour un plésiosaure, ce qui est classique au jurassique. Les cous se rallongeront et les têtes se réduiront au crétacé, comme on peut le voir sur le Cryptocleidus. Ses membres larges et aplatis transformés en palettes natatoires lui permettait probablement de " voler " dans l'eau comme le font les manchots. Le squelette est un assemblage d'os provenant de plusieurs exemplaires fossiles de même taille car on n'a jamais retrouvé d'animal entier à Peterborough en Angleterre.
Derrière, tout le long d'un mur est présenté un énorme ichtyosaure : Stenoptérygius crassicostatus du Jurassique inférieur de Holzmaden assez curieux ; en effet on aperçois entre ses cotes une longue queue et de plus près on reconnaît aussi la tête et le corps d'un embryon.
Tout aussi impressionnants sont l' Eurhynosaurus de 7,60m de long et l'Ophtalmosaurus non plus présenté gisant mais en tridimensionnel.
Mais ce n'est pas tout, on peut aussi observer un squelette entier de Placodus gigas, une tête du mosasaure : Platecarpus et une squelette de Tylosaure. Parmi les crocodiles marins : Metriorhynchus du jurassique supérieur anglais, Steneosaurus bollensis montrant des gastrolites à l'emplacement de son estomac.
Les fossiles de Messel
Une petite salle attenante à la salle de l'histoire de la géologie présente l'étonnante paléo faune mammalienne de Messel prise dans des schistes bitumineux, avec ses chauve souris, et ses petits chevaux primitifs, dont la peau et les poils ont été admirablement conservés, de même que des contenus stomacaux ou des femelles gravides. Des insectes, des poissons des amphibiens, des reptiles, des oiseaux et des plantes, datés de 49 millions d'années, ont aussi été parfaitement préservés. Ils constituent un patrimoine d'intérêt mondial aux yeux de l'UNESCO qui l'a ajouté à sa liste en 1995.
La salle de géologie
Fantastique cette salle où un volcan (ouvert et montrant sa structure interne) entre en éruption toutes les 5mn en émettant un haut panache blanc ; particulièrement didactique ce globe terrestre ouvert sur lequel on peut aisément expliquer toute la dynamique interne de la Terre. La minéralogie très voire trop discrète mais elle n'a pas été oubliée : quelques vitrines exposent de jolis exemplaires, on peut aussi ouvrir des tiroir dans lesquels on montre les minerais métalliques et leurs utilisations.
Diplodocus et coprolite
En conclusion
Il nous a fallu 7 heures pour visiter et photographier à loisir le rez de chaussée ; il ne nous restait plus qu'une heure pour visiter au pas de charge le premier étage réservés aux mammifères, amphibiens et reptiles, oiseaux, évolution des plantes, embryologie humaine, nains et géants, puis le 2ème étage avec les insectes les crustac??s, les araignées, les poissons, l'évolution animale.
On ne peut que se féliciter de la possibilité de faire une pause et de se restaurer dans une salle du rez de chaussée munie de tables, de bancs et d'un distributeur de boissons (et de prises de courant : tellement utile quand la batterie de l'appareil photo est déchargée). Un concept qui fait cruellement défaut dans certains de nos musées parisiens d'histoire naturelle. Au deuxième étage nous avons pu faire une deuxième courte halte au restaurant du musée avant de reprendre la route. Une grande journée de 22 heure fatigante mais oh combien passionnante et inoubliable.
Ce musée est proche de la gare centrale et il est bien desservi par les bus (32 & 50 station Senkenberg museum), par le métro (U4 U6 U7 station Bockenheimer) le tramway 16 (station Bockenheimer).
Le billet pour la journée (avec possibilité de sortir et de rentrer) vous coûtera 6 €. Il est ouvert de 9h à 17h les lundis mardis jeudis vendredis, de 9h à 20h les mercredis et de 9h à 18h les samedis et dimanches et jours de fêtes.
On peut trouver tous les renseignements sur www.senkenberg.de
Pour les visites guidées, voir museum.paedagogik@senkenberg.de
Adresse :
Naturmuseum Senkenberg
Senkenberganlage 25
60325 Frankfurt am Main
Psittacosaure
Psittacosaure avec gastrolites dans son estomac
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