Soutien au Musée minéralogique de Trepca (Kosovo)
Point à août 2008
Si le musée de Trepca et ses collections sont indemnes, on n'a reçu en revanche aucun signe de leur prise en considération concrète par l'aide internationale. La nouvelle conférence des pays donateurs qui devait se tenir a été repoussée à juillet. Elle devrait voir le Ministère de l'Energie et des Mines (MEM) diffuser largement aux participants la belle plaquette de promotion qu'il a préparée l'an dernier pour promouvoir l'aide au musée. Les circulaires qui ont été diffusées sur Internet en vue de la préparation de cette conférence n'ont pas mentionné le musée. La priorité est donnée à des thèmes plus généraux. Néanmoins, dans le cadre de plusieurs de ces thèmes (développement minier, éducation, emploi) un effort particulier en faveur du musée, qui peut jouer le rôle de vitrine pédagogique du développement durable dans le pays, serait justifié.
Il est vrai que le statut toujours fragile du pays ne facilite pas l'aide des bailleurs de fonds institutionnels. Si l'indépendance du Kosovo a été reconnue par 42 des pays de l'ONU, il en reste 150 qui ne se sont pas encore prononcés. La tension entre Serbes du Nord et Albanais du Sud est toujours latente, avec des pics et des accalmies. La Mission des Nations Unies pour l'administration du Kosovo a commencé à partir fin juin, tandis qu'une mission Européenne EULEX d'assistance juridique (The European Union Rule of Law Mission in Kosovo) commence à prendre son relais.
Dans le climat de flottement politique qui s'ensuit, la mine de Trepca continue à produire des concentrés, à cadence certes toujours réduite mais avec persévérance. Elle a fini par obtenir le permis d'exploitation que ses dirigeants escomptaient, ce qui signifie la fin des réclamations étrangères sur la propriété des droits miniers, qui bloquaient son avenir. Les sondages autour de la mine et dans la mine se poursuivent, pour accroître les réserves. Dans le climat favorable de la hausse des cours des matières premières, les investisseurs étrangers continuent à envoyer des missions pour juger de l'opportunité de prise de parts dans l'affaire. Mais comme souvent, ils attendent que le gouvernement ait fait (sur les deniers publics) la fiancée encore plus belle pour se décider à coup sûr, sans bourse délier.
Dans tout ça, le Comité de Soutien du musée garde des contacts très étroits et mensuels avec les autorités et les scientifiques de la mine et du musée.
Le fils de Skender Plakolli, Ardian Plakolli, a rejoint le comité. Devant passer quelques mois au Kosovo, il a pris sur place la suite de son père pour être notre représentant permanent et il a poursuivi activement les contacts avec les différents partenaires à Trepca, Mitrovica et Prishtina durant son séjour de 2007.
Les contacts du comité sont très étroits aussi avec d'autres scientifiques des Balkans qui, eux aussi, recommencent à publier sur l'intérêt immense de la géologie de Trepca au plan mondial. On a enregistré plusieurs publications de leur part dans les magazines internationaux, soit vantant le patrimoine de Trepca (un article de promotion de ProGEO, le comité européen du patrimoine géologique) soit étudiant la géochimie de Trepca (plusieurs communications à des congrès dans le monde entier ont été faites par des chercheurs de l'université de Zagreb).
En ce qui concerne les actions de communication du comité, Pierre-Christian Guiollard a publié un nouvel article pour informer les spécialistes français du patrimoine industriel, et notamment les archéologues miniers, des actions entreprises (magazine Patrimoine de l'Industrie, 9e année, juin 2007, n°17, p.65-71). Jean Féraud, le chef géologue Gani Maliqi et l'ingénieur des mines Shiqeri Kelmendi ont déposé un article scientifique sur leurs nouveaux résultats de l'étude du gisement, auprès du magazine Ore Geology Review de Elsevier (le journal officiel de l'Association Internationale pour la Géologie des Gisements métallifères, la IAGOD). D'autres études sont en cours associant les scientifiques du Service Géologique de Trepca et le BRGM.
Le directeur de la mine Miftar Hyseni et le chef géologue Gani Maliqi sont venus une fois encore rencontrer Michel Schwab et l'équipe française lors du Euro-Mineral 2008 de Sainte-Marie aux Mines et discuter de la stratégie à poursuivre.
En définitive, les nouvelles sont plutôt bonnes. Les atouts de Trepca et de son musée restent entiers. Alors qu'il semblait que le musée allait passer sous le contrôle du ministère de la Culture, le MEM semble s'être ravisé et avoir pris la mesure du capital symbolique dont il tient là la tutelle. Assurément, le musée a tout à gagner d'être sous la tutelle d'un ministère dont les lignes budgétaires sont prioritaires pour le développement du pays.
Tout laisse à penser que les organismes internationaux que le comité a sensibilisés sont conscients de la place-clé que le musée pourra occuper dans la communication qu'il s'avère de plus en plus nécessaire de faire au Kosovo autour du développement durable, du respect de l'environnement et de l'intérêt, pour la jeunesse, des métiers scientifiques et techniques. Ce n'est qu'une question de temps.
Pour contribuer à la communication autour de Trepca, n'hésitez pas à faire du musée une étape culturelle si vos vacances vous amènent dans les Balkans. La région, dans sa simplicité, est très accueillante et plusieurs sites valent la visite.
Le comité vous rappelle que les superbes panneaux (soit en français soit en allemand) de son Expo " Trepca ", réalisés par Hacène Bouafia et l'équipe d'EuroMineral en 2006, sont toujours disponibles, gracieusement, en Alsace.
N'hésitez pas à nous écrire à musee-trepca@hotmail.fr ou sur le Géoforum (www.geoforum.fr). Ne gémissons pas, espérons ! (et agissons).
Point à décembre 2006
Le comité de soutien bénévole se félicite de plusieurs événements enfin encourageants après les années terribles de la guerre du Kosovo.
D'abord, l'appel lancé par le comité dans son rapport a été mis en ligne sur Internet, par GEOPOLIS, par Spathfluor.com puis par Eurominéral-Ste Marie aux Mines. Il a été repris par le magazine Le Règne Minéral (n° 66 de novembre-décembre 2005) puis a été relayé par de nombreux médias, en France comme à l'étranger. Après le site Internet du Kosovo Trepca.net qui a carrément mis le rapport du comité en ligne (et même, plusieurs mois durant, en haut de sa page d'accueil juste sous sa bannière), plusieurs magazines spécialisés ont repris le témoin : Minéraux et Fossiles (n° 353 de septembre 2006), puis Géochronique co-édité par la Sté Géologique de France et le BRGM (n° 99 de septembre 2006), puis Christian Weise Verlag dans son Lapis de décembre 2006. La Rivista Mineralogica Italiana a également demandé au comité des photos de cristaux pour servir de support à un article en 2007. Un long article sur Trepca et les urgences du musée est en cours d'édition au Mineralogical Record. Les lecteurs de ces magazines, en France comme à l'étranger, jouent un rôle important en relayant et en amplifiant la communication autour des besoins du musée. Le bouche à oreille a beaucoup compté aussi, pour propager la bonne nouvelle que, contrairement aux rumeurs, la mythique mine de " Trepca " n'est pas morte mais qu'il faut justement l'aider à sauver son musée qui n'a miraculeusement pas été (encore) dilapidé.
Que tous soient ici remerciés. Cet appel demeure cependant aussi valable et urgent car, sur place, la situation reste encore très difficile.
Une première exposition de sensibilisation, présentant les merveilles minéralogiques et le redressement courageux de la mine de Trepca, avait été organisée à l'occasion de l'expo Euro-Minéral Sainte-Marie aux Mines de juin 2006. La revue Le Règne Minéral (n° 70 de juillet-août 2006, p. 46-48) et Géochronique (op. cité) en ont rendu compte en détail.
Du 3 au 5 novembre 2006, une seconde exposition a été organisée à l'occasion des Journées minéralogiques internationales de Munich qui ont rassemblé 900 exposants et 40 000 visiteurs. Au nom d'Eurominéral Concept (qui organise l'exposition de Ste-Marie aux Mines) et de Geopolis, Michel Schwab avait obtenu des organisateurs la fourniture à titre gracieux d'un stand de 20 m2 très bien placé, décoré de deux grandes vitrines éclairées (pour présenter des cristaux). L'exposition préparée conjointement par lui et les autres " enragés " du Comité de Soutien et mise en scène par Hacène Bouafia de Grafik Expo, était bien mise en valeur sur six magnifiques posters (traduits en allemand grâce à Euromineral Concept). Pour tenir le stand, la direction du Groupe Trepca avait délégué Gani Maliqi, chef géologue, et Halil Qéla, chef du service des sondages, et le Service Ressources Minérales du BRGM avait missionné Jean Féraud (qui ne demandait pas mieux). Celui-ci avait apporté sa collection personnelle de grosses pièces très esthétiques du gisement pour mieux attirer les grands connaisseurs de cristaux de Trepca que sont les Allemands et leurs voisins Autrichiens, Suisses et Italiens. Les photos de Werner Lieber, Pierre-Christian Guiollard, Benjamin Larderet et Joel Balazuc faisaient le reste. Scientifiques et amateurs sont venus nombreux et on leur répondait dans toutes les langues. Une collecte sur le stand a permis d'acheter, avec le soutien généreux du fabricant Dr. F. Krantz Rheinisches Mineralien-Kontor GmbH. & Co. KG, un bac à ultrasons de très grand format pour le nettoyage des cristaux qui va être livré au musée de Trepca.
L'exposition a été ensuite sollicitée par l'Association allemande des Amis de la Minéralogie et de la Géologie (VFMG) pour les Journées des Minéraux de Dortmund (Westphalie) du 10 au 11 novembre.
Ces expositions rendent aux minéraux de Trepca leurs lettres de noblesse et c'est justice. À Munich, le public s'agglutinait devant les vitrines tout à fait à contre-courant de la tendance actuelle des collections minéralogiques où le noir et le blanc des paragenèses à sulfures seraient des couleurs mal aimées. La charge historique et émotionnelle dont le " mythe Trepca " jouit auprès des amateurs en Allemagne et en Autriche est sans doute un des facteurs de ce revirement d'opinion.
Des informations sont parvenues du Kosovo, selon lesquelles le transfert du musée sous la tutelle protectrice du ministère de la Culture du pays est toujours en bonne voie. Membre toujours très actif du comité, Skender Plakolli a multiplié les contacts sur place, notamment auprès de Bektesh Vidishiqi, (responsable des affaires culturelles de la municipalité de Mitrovice) qui est le plus ardent promoteur de ce transfert. Le musée sera ainsi à l'abri des risques consécutifs à la privatisation prochaine de la mine qui, elle, suit son cours.
Peu de temps après Munich, le Service de coopération et d'action culturelle (SCAC) du bureau de liaison de la France au Kosovo a demandé conseil au comité de soutien, sur l'idée de proposer aux autorités sur place une intervention officielle d'appui technique au musée. Les démarches correspondantes sont en cours au Kosovo. Si un accord est trouvé avec les responsables, l'appui consisterait en la prestation d'une expert en muséographie sur place pour réorganiser et valoriser les collections du musée en suivant les principales recommandations publiées par le comité de soutien et en liaison avec lui.
Au même moment enfin, deux espèces minérales jusqu'ici inconnues à Trepca étaient découvertes à la faveur de la vente de vieux échantillons de collections privées, repérés et sauvés miraculeusement par des membres du comité : la kutnahorite (ou kutnohorite) et surtout la fluorine. Le premier est un carbonate très rare de formule Ca(Mn,Mg,Fe)(CO3)2 qui forme deux séries isomorphes, l'une avec l'ankérite et l'autre avec la dolomite, minéraux déjà bien connus à Trepca. Quant au second, il se présente de façon normale dans des gîtes hydrothermaux analogues à Trepca mais il n'y avait encore jamais été identifié. Ces découvertes, réalisées grâce à Frank Wierich et son laboratoire de l'Université de Marburg, Pascal Mauduit, le BRGM et l'auteur, vont être publiées (avec les réserves qui s'imposent s'agissant de spécimens anciens trouvés dans des collections). Elles démontrent, s'il le fallait encore, le potentiel inouï de Trepca en découvertes si les moyens viennent à être accordés.
En conclusion, 2007 a bien commencé mais le musée de Trepca et son comité (musee-trepca@hotmail.fr) ont toujours grand besoin de soutien. Comme disait le poème, "c'est le fonds qui manque le moins". Qu'on se le dise !
Jean FERAUD et Michel SCHWAB
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Article sur la mine de Trepca et ses minéraux ici !
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